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Critique : Vincent doit mourir de Stéphan Castang

À bout de course

© O'Brother

S’il y a un thème qui préoccupe le cinéma et les séries ces dernières années, c'est bien l’omniprésence la violence dans nos sociétés contemporaines, soi-disant “civilisées” et “modernes”. Plus tôt dans l’année, la série Acharnés, produite par Netflix, nous montrait ainsi comment deux personnes de milieux socio-économiques opposés se retrouvaient dans une spirale de violence gratuite, jusqu’à l’anéantissement de leurs vies professionnelles et sentimentales. En mai dernier, c’est Ari Aster, avec l’étrange Beau is Afraid, qui présentait un monde où l’être humain, presque dénué de paroles et d’empathie, était désormais réduit à un comportement uniformément hostile, dévoué à l'agression, à l’invective et à la sauvagerie.


Bref, la violence effraye, la violence interpelle, et les cinéastes de tout horizon tentent d'extérioriser cette inquiétude. Cette fois-ci, c’est Stéphan Castang, acteur et désormais réalisateur, qui s’attelle au sujet avec un point de départ aussi saugrenu qu’intriguant : Vincent, quidam sans histoire, devient du jour au lendemain la cible d’une série d’agressions inexplicables, commises par des inconnus ou des collègues de travail, pris de soudains accès de fureur après avoir croisé son regard. Devant la véhémence croissante du phénomène, Vincent est rapidement contraint de quitter la ville et d’adapter son existence, à l’abri des autres.


Pour Stéphan Castang, la curieuse destinée de Vincent sera d’abord l’occasion d’une plongée dans la paranoïa. Passé la découverte du concept, le film développe un climat étrange et anxiogène, où chaque rencontre avec un inconnu peut se solder par un assaut, voire une tentative de meurtre. Comme l’irruption d’un mal trop longtemps enfoui en l’humain, les déchaînements de violence surgissent sans préambule, filmés avec sécheresse et frontalité par la caméra du chef-op’ Manu Décosse. Trop malin pour être manichéen, le long-métrage n’hésite pas à exposer la part d’ombre de son protagoniste : face aux attaques répétées, Vincent prend les armes et finit par lui aussi laisser libre cours à une barbarie insoupçonnée, notamment à travers un éprouvant affrontement dans une fosse septique.


Là où le film étonne davantage, c’est dans sa science du décalage et du mélange des tons. Conscient de l’absurdité de son pitch, Castang adjoint une teinte tragicomique au récit, quitte à transformer la tension initiale en une sorte de malaise plus insaisissable, où le public, coincé devant des péripéties souvent grotesques, ne sait plus tout à fait s’il doit en rire ou en frémir. La musique, excessive et entêtante, amplifie l’incongruité des situations.


Au-delà de l’argument fantastique du “film de genre”, Vincent doit mourir tire également un bilan peu glorieux de nos interactions sociales : le psychologue ne croit pas Vincent, ses collègues de travail se montrent passifs face à sa détresse et même son propre père s’avère d’un piètre réconfort. La seule solution qui apparaît à Vincent, c’est l’isolement, l’absence de toute communication, l’effacement de son identité, concrétisé par la suppression de ses réseaux sociaux. Pour survivre, le personnage devient un exilé, un fantôme ou, comme surnommé dans le film, une sentinelle.


Vincent doit mourir, un film pessimiste ? C’était sans compter sur le personnage de Margaux, interprétée par Vimala Pons, qui vient relancer l’intrigue à mi-parcours. Le jeu imprévisible et radieux de l’actrice offre le parfait contrepoids à l’attitude flegmatique de Karim Leklou, créant une merveilleuse alchimie. Par l’entremise de ce duo mal assorti, le film réinjecte le facteur humain précisément là où il semblait disparu et donne une destination étonnante à la fuite en avant de Vincent : la possibilité d’une communion avec autrui.


RÉALISÉ PAR : STÉPHAN CASTANG

AVEC : KARIM LEKLOU, VIMALA PONS

PAYS : FRANCE, BELGIQUE DURÉE : 108 MINUTES

SORTIE : LE 22 NOVEMBRE

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