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Don't dream it, be it : La vie libérée de Tim Curry

Il y a des acteurs qui nous font savourer le frisson, Tim Curry était de ceux-là. L’acteur s'est éteint paisiblement, chez lui à Los Angeles, à l'âge de 80 ans. Formé sur les planches, passé par les scènes de Londres avant de conquérir le grand écran, l'acteur britannico-américain s'est construit une carrière rare, faite d'audace et de fidélité à ses choix.


The Rocky Horror Picture Show
Tim Curry sur le tournage de The Rocky Horror Picture Show

 C'est lui qui, aux côtés de Richard O'Brien, avait contribué à façonner le légendaire docteur Frank-N-Furter, initialement pensé comme un savant allemand en blouse blanche. Avec Curry, le rôle est devenu autre chose : un manifeste, porté avec un aplomb et une liberté qui ont fait de The Rocky Horror Picture Show une œuvre queer et libératrice, toujours célébrée cinquante ans après sa sortie. Curry lui-même ne s'y trompait pas sur la portée de ce rôle : il expliquait que Frank-N-Furter avait donné à beaucoup d'adolescents la permission d'être différents, et qu'il était heureux que son personnage ait eu ce pouvoir. Lors d'une projection hommage au Academy Museum, il était allé plus loin encore, rappelant que le message du film « Don’t Dream it, Be it »  (n’en rêvez pas, soyez-le) comptait énormément à ses yeux, et qu'il assumait pleinement d'avoir offert au public la liberté de se comporter comme il le souhaitait vraiment, peu importe avec qui et ou.


 The Rocky Horror Picture Show
 Tim Curry dans The Rocky Horror Picture Show

Rien ne laissait pourtant présager un tel destin à l’acteur et au film. Sorti le 26 septembre 1975 aux États-Unis, The Rocky Horror Picture Show essuie d'abord un échec si retentissant que la production est retirée des salles après quelques semaines à peine. En France, où il n'arrive qu'en avril 1976 après une présentation hors compétition au Festival international du film fantastique d'Avoriaz, l'accueil n'est guère plus chaleureux. C'est avec des séances de minuit, notamment au Waverly Theater de New York, que le culte autour de film se construit. Un noyau de fans se met à revenir semaine après semaine. Le rituel des projections de minuit était né. Cinquante ans plus tard, le film reste le long-métrage resté le plus longtemps à l'affiche de l'histoire du cinéma, porté par une communauté de spectateurs costumés qui continuent, chaque semaine, à chanter et danser avec Tim Curry et la bande du Rocky Horror Picture Show.


 The Rocky Horror Picture Show
Tim Curry dans The Rocky Horror Picture Show

Pour d'autres, c'est une peur maladive des ballons rouges flottants qui reviendra en mémoire : celle qu’a semée le sinistre Pennywise, qu'il a incarné dans l'adaptation de Ça en 1990, glaçant toute une génération. Fait assez amusant quand on sait que Curry partageait la phobie qu'il a inspirée à des millions de spectateurs : lui aussi avait peur des clowns.


Tim Curry dans IT
Tim Curry dans IT

Sur le tournage, Curry restait dans la peau du personnage entre les prises, dents jaunies exhibées dès qu'un enfant s'approchait trop près de quoi expliquer pourquoi les jeunes acteur·ices du Losers Club, dont Seth Green, l'évitaient soigneusement une fois en costume. Il aimait raconter qu'au moment de tourner la scène de la bouche d'égout, le jeune acteur jouant Georgie s'était arrêté pour lui dire qu'il avait peur ce à quoi Curry avait répondu qu’il en était désolé mais que c'était précisément ce qu'on attendait de lui. Longtemps après, il confiait être agacé par les spectateur·ices venus lui dire qu'il les avait traumatisés à vie. Il savait, avec une pointe d'ironie, que c'était probablement vrai.


IT
Tim Curry dans IT

D’une grande polyvalence il incarne le Seigneur des Ténèbres dans Legend (aux côtés d’un jeune Tom Cruise) - une prestation qui reste l'une des incarnations du mal les plus habitées du cinéma fantastique.Souvent expansif, il a su aussi faire preuve de retenue, notammentavec son rôle de médecin soviétique dans À la poursuite d'Octobre rouge, avant de virer totalement à la comédie familiale dans Maman, j'ai encore raté l'avion, où il incarne le concierge pincé du Plaza. D'un extrême à l'autre, c'est peut-être ça, le vrai talent de Tim Curry : ne jamais se ressembler.


Tim Curry dans Legend
Tim Curry dans Legend

Mais derrière ces personnages hauts en couleur se cachait un homme d'une grande discrétion et d'une résilience rare. Victime d'un grave AVC en 2012, qui l'avait partiellement paralysé, Tim Curry avait continué à travailler, notamment dans le doublage, refusant de se laisser définir par la maladie.


Tim Curry laisse derrière lui plus d'un demi-siècle de carrière, entre théâtre, cinéma et doublage, et surtout, une empreinte indélébile sur celles et ceux qui ont un jour dansé, ri ou frissonné devant l'un de ses rôles. Quelque part et dans les salles du monde entier on refera sûrement un pas de côté, un saut à gauche, et un Time Warp pour lui.


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