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Flashback : Trois Couleurs : Bleu, de Krzysztof Kieslowski


© MK2

Après vingt ans à concevoir une filmographie mêlant regard politique acéré et influences surréalistes, Krzysztof Kieślowski, au début des années 90, se lance dans son grand œuvre : la trilogie des Trois Couleurs. Chaque opus de la saga, devenue depuis l'un des sommets du cinéma d'auteur européen, vise à offrir une réflexion sur une valeur de la devise française - liberté, égalité, fraternité.


Le premier volet de cet ample projet, Bleu, explore la notion de liberté à travers le parcours de Julie, une trentenaire ayant perdu sa fille de cinq ans et son mari, un grand compositeur, lors d’un terrible accident de voiture. Anéantie par le drame mais incapable de pleurer, l’héroïne interprétée par Juliette Binoche fait tabula rasa, déterminée à mener une vie élaguée de tout lien affectif.


Pourtant, alors que Julie s’exile dans un modeste appartement parisien, les motifs de sa vie passée se multiplient et s’imposent comme autant d’échos funèbres du drame. Il y a d’abord ce jeune homme, témoin impuissant de l’accident, qui revient pour lui rapporter cette chaînette si précieuse qu’elle pensait perdue. Et puis surtout il y a cette musique, cette entêtante symphonie, cette partition inachevée liée à son mari dont les notes lui parcourent l’échine à chaque pensée douloureuse.


La mise en scène de Kieślowski, plus flamboyante que jamais, tout en rupture et en à-coups passionnés, évoque avec poésie la douleur de la perte et l’appel du vide. Dans les couleurs, le bleu, forcément, trouve une place de choix. Bleu comme ce carillon que Julie n’a pas pu détruire, bleu comme la piscine dans laquelle elle noie ses émotions, bleu comme la bague qu’elle porte toujours. Bleu, enfin, comme la chambre de sa fille, à jamais hantée par l’absence. Dans cet enchevêtrement de remembrances et d'allégories, Julie trace doucement son sillage, jusqu’à comprendre l’impossibilité de la fuite, jusqu’à ce que, finalement, les larmes coulent, symbole d’une liberté peut-être enfin recouvrée.


RÉALISÉ PAR : KRZYSZTOF KIEŚLOWSKI

AVEC : JULIETTE BINOCHE, BENOÎT RÉGENT

PAYS : FRANCE, POLOGNE, SUISSE

DURÉE : 98 MINUTES

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