Les Ensorceleuses 2 : La magie ne prend pas
Dernière mise à jour : il y a 39 minutes
Peut-on vraiment ressusciter une magie vieille de vingt-huit ans ? À moitié, semble répondre Les Ensorceleuses 2.
Commençons par une bonne nouvelle pour les fans du premier volet : il y a un vrai plaisir à retrouver les soeurs Owens, incarnée par Sandra Bullock et Nicole Kidman, qui n’ont rien perdu de leur alchimie. Le temps de quelques scènes, les revoir ensemble suffit presque à raviver la magie d'antan. Et en renouant avec le côté sorcière pop qui faisait le charme du premier film, le film a le mérite de trancher avec la grisaille ambiante du cinéma actuel.
Côté bande originale, la proposition reste pop et soignée, entre reprises de morceaux du premier film et choix plus contemporains, comme l'utilisation du morceau The Cure d'Olivia Rodrigo. Mais la musique, souvent trop présente, arrive à des moments mal choisis, donnant par instants au film des allures de clip. Visuellement aussi, quelque chose s'est perdu : la peau trop lissée des actrices évoque donne l’impression de regarder le film avec un filtre Snapchat.

Le vrai problème vient de l'intrigue centrale, particulièrement confuse. La quête pour briser la malédiction familiale s’entremêle au destin tragique d'une ancêtre Owens, au point qu'on finit par perdre le fil de ce dont le film parle réellement. Les événements du premier opus sont rappelés bien trop souvent, jusqu'à donner l'impression d'un produit calibré façon Netflix sensation renforcée par un placement de produit aussi visible que malvenu pour un appareil à margaritas. Les nouveaux personnages, souvent mineurs voire dispensables, n'aident pas : on se demande ce que leur présence change réellement. Ils agissent comme un bouclier émotionnel qui empêche tout attachement véritable, et viennent parasiter la tristesse que l'on pourrait ressentir face à la mort de certains visages familiers. Joey King, qui incarne une des filles de Sandra Bullock, peine notamment à convaincre dans une romance qui semble tout droit sortie d'un teen movie.
Aucun personnage présent dans le premier opus ne semble avoir évolué depuis 1998 : Sally rejoue sa partition de femme qui veut se fondre dans la masse, Gillian reste aussi candide qu'autrefois, reléguée à un rôle plus secondaire.Pour celles et ceux qui ont grandi avec ces sorcières solaires, c’est une déception : elle reste figée dans le passé, comme si elle n’avaient pas grandi.

Plus problématique, le film abandonne ce qui faisait la force thématique du premier volet. Si Les Ensorceleuses avait autant marqué sa génération, c'est sans doute grâce à des thématiques fortes : la sororité, les violences conjugales, l'entraide féminine comme véritable magie. Cette suite les reprend partiellement, mais leur préfère des romances sorties du chapeau, auxquelles on ne croit jamais tout à fait.Or, le sujet du viol et de la grossesse non désirée d'une ancêtre Owens, qui aurait pourtant pu porter ce film et lui donner une dimension plus historique sur la figure de la sorcière, n'est qu'à peine effleuré. Aucune des descendantes ne manifeste de réelle réaction en découvrant ce pan du passé familial. Le twist final, avec la découverte du grand méchant qu’on soupçonne dès son entrée dans le cadre, n'arrange rien.Les nouveaux effets spéciaux évoquent davantage la Sorcière rouge du MCU que le savoir des préparations végétales et les incantations qui faisaient tout le charme du premier film et donné un coté plus réaliste à la femme sorcière.

Les ingrédients étaient pourtant réunis : le duo des tantes, celui des sœurs. Le film tente maladroitement de raccrocher les wagons dans ses quinze dernières minutes, à la manière d'un Beetlejuice Beetlejuice en pur fan service sans grand succès. On retiendra tout de même, avec plaisir, le retour de la scène culte des margaritas de minuit et des sœurs volant sous un parapluie.




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