Lukas Dhont, en quête de fragilité et de beauté


© Kris Dewitte

Comment avez-vous trouvés les deux acteurs principaux du film, Eden Dambrine et Gustav De Waele ?


J'étais en cours d'écriture du scénario de Close le jour où j'ai pris un train d'Anvers à Gand. J'avais de la musique dans les oreilles, et à côté de moi, il y avait un garçon qui est en train de parler avec ses copines de manière très expressive. C'était comme si je regardais un film : ses yeux, sa manière de s'exprimer, son regard. Il y avait quelque chose de très angélique. Je lui ai demandé s'il voulait faire un film pour le cinéma. Il a immédiatement dit oui. C'était Eden Dambrine, qui joue le rôle principal. À côté de ça, on a organisé des castings dans les écoles, dans toutes les classes de théâtre pour trouver les jeunes acteurs. Un jour Eden est arrivé avec Gustav [De Waele]. Il y avait quelque chose entre eux de très spécial. Leur talent était apparent, mais on pouvait aussi deviner la possibilité d'une collaboration, et même d'une amitié.


Leur complicité à l'écran est très puissante. Comment parvient-on à atteindre une telle justesse avec des acteurs débutants ?


On a travaillé pendant un an. Enfin, travailler n'est peut-être pas le bon mot. Ma manière de répéter avec les comédiens, aussi bien enfants qu'adultes, c'est vraiment par le quotidien. On fait beaucoup de choses ensemble : on mange des crêpes, on fait des promenades, des choses du quotidien ! On parle de moi, on parle d'eux, on parle de Léa [Drucker], on parle d'Emilie [Dequenne], on parle des scènes. J'installe avec eux une relation de confiance : ils savent pourquoi telle scène est là. Mais même si le scénario est déjà écrit, je leur donne la possibilité d'en devenir les co-auteurs. Il y a un scène où Léo raconte des histoires à Rémi, et Eden m'a dit qu'il ne raconterait jamais une histoire comme celle-là. Je lui ai dit d'accord : quelle histoire raconterais-tu ? C'est important de leur donner la possibilité de réinventer les personnages. Et c'est important quand tu travailles avec des jeunes de leur donner du temps, de leur permettre de se sentir à l'aise.


© Kris Dewitte

Est-ce que vous aimeriez que le film soit montré dans les écoles ?

J'espère que le film pourra y être montré. Je suis en train de faire des avant-premières en France, et j'étais vraiment ému parce que dans les salles, il y avait des jeunes de 15, 16, 18 ans. On a beaucoup parlé des attentes autour de l'identité de genre, de la masculinité, de la pression sociale. Avec cette génération-là, il y a cette volonté d'écarter toutes les frontières, tous ces concepts d'un autre temps. J'espère que Close puisse être utile à cette jeune génération. Quelque part, c'est un film que j'ai fait à cause de, mais aussi pour la personne que j'étais plus jeune. Je pense que c'est une œuvre universelle, qui peut toucher différents types de public, plus âgés. C'est un film sur le passage du temps, la mémoire d'une amitié.


D'habitude, les films qui sont filmés caméra à l'épaule, qui suivent leurs personnages en leur collant à la peau, n'ont pas des images aussi belles, aussi idylliques. Votre démarche est assez rare, non ?


Je n'avais pas envie de tirer le film vers le bas, vers le sombre. Même dans les moments d'ombre, je pense que c'est important de contrebalancer avec une certaine lumière. Je vais toujours aller chercher la beauté. Pour moi, c'est une quête, pas uniquement professionnelle, mais aussi personnelle. Une des premières images qui m'est venue, c'est celle de deux jeunes garçons qui courent entre les fleurs. C'est une image de ma propre enfance. Je voyais déjà dans cette image toutes les possibilités dans le travail visuel et dramaturgique. Il y a une transformation des couleurs, avec des tons plus sombres. La fleur c'est un symbole de beauté mais aussi de fragilité.


Comment se sont passés l'écriture et le montage ?

La dramaturgie était très différente de notre film précédent. Girl, c'était plutôt une spirale, avec une certaine répétitivité. Là pour nous, le film avait vraiment une rupture au centre, c'est un récit en deux parties. Quand est-ce que la brutalité va apparaître, et la vulnérabilité disparaître ? Il faut pouvoir équilibrer les deux parties. Dans l'écriture, on a passé beaucoup de temps pour trouver ça, et bien sûr au montage, on est confrontés à des choses qui marchent moins. Il faut réinventer le film. On a longtemps cherché comment montrer non pas la violence elle-même, mais plutôt l'impact de la violence. Il fallait trouver une manière de traiter un sujet violent sans nécessairement devoir créer des images violentes, et je pense qu'on l'a trouvé.