Nos attentes berlinoises
- L'équipe de Surimpressions
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Dernière mise à jour : il y a 26 minutes
Alors que l’équipe prépare ses valises pour cette 76e édition de la Berlinale, nous avons sondé celles et ceux qui seront à vos côtés pendant les prochains jours sur les films qu’iels ont très hâte de découvrir dans les salles berlinoises. En quelques mots, voici les attentes de la rédaction de Surimpressions.

Constant Carbonnelle
Troisième Berlinale pour moi, et toujours ce même plaisir au moment de découvrir la sélection. Il y a beaucoup de films, beaucoup d’envies, mais certains titres me parlent plus que d’autres. Pour commencer, Isabelle Huppert en Blood Countess, inspirée de la légende de Báthory chez Ulrike Ottinger, c’est typiquement le genre de film qui attise ma curiosité : une grande actrice et un imaginaire gothique et queer, ça me parle. The Moment, produit par Charli XCX, m’intrigue aussi pour son côté faux-doc pop et décalé autour de l’univers de Brat, avec mise en scène méta. J’attends beaucoup du nouveau film de Leyla Bouzid, pour la justesse de son regard et la présence d’Hiam Abbass (que j’adore), comme de celui de Kornél Mundruczó avec Amy Adams (At the sea), dont le pitch simple cache souvent des choses beaucoup plus profondes. Josephine, avec Channing Tatum, présenté à Sundance, est également une de mes plus grosses attentes, bien que son sujet me fasse un peu peur. Et enfin, Rose, avec Sandra Hüller en soldat au XVIIe siècle, me rend surtout curieux.

Léa Dornier
2026 marque ma toute première Berlinale, et je compte bien m’y perdre. Un festival, pour moi, c’est un précieux terrain d’errance. Voir des films sans bande-annonce, sans affiche, sans rumeur. Pas encore de battage médiatique, pas de hiérarchie imposée : juste un titre, un horaire, et la promesse d’une découverte. C’est un luxe rare, aujourd’hui, d’être surprise. Découvrir un film qu’on ne serait jamais allée voir autrement, et d’en ressortir conquise, dérangée ou endormie. Car il faut le dire : parfois, on se retrouve piégé•e devant un film long comme l’hiver, qui s’étire en de douloureuses minutes enfermées avec soi-même. Un festival, c’est aussi ça : accepter le risque, l’ennui, la confrontation.
Évidemment, je ne suis pas insensible aux grands noms. Isabelle Huppert en comtesse lancée dans une quête d’éternelle jeunesse dans The Blood Countess de l’Autrichienne Ulrike Ottinger. Ou le maxi casting de Rosebush Pruning réalisé par le Brésilien Karim Aïnouz, avec notamment Elle Fanning. Mais mon véritable objectif reste ailleurs : traquer l’inattendu, repérer les voix émergentes, sortir des projections avec la sensation d’avoir vu naître quelque chose. Me laisser surprendre et raconter ces secousses-là.

Kévin Giraud
Cette année, le cinéma d’animation s’invite en force à la Berlinale! Ma plus grosse attente est sans doute la première mondiale de Une aube nouvelle, second long-métrage franco-japonais produit par Miyu après Anzu Chat-Fantôme. En compétition pour l’Ours d’Or, ce film (qui est aussi le premier long-métrage du réalisateur Yoshitoshi Shinomiya) s’annonce comme un récit touchant sur l’héritage et la transmission, dans des décors mêlant nature et industrie avec une grande poésie. En parallèle, la compétition Generation accueille plusieurs propositions animées courtes et longues, venues des quatre coins du monde. Le second volet des aventures de Poupelle ou De l’autre côté du ciel est présenté dans cette catégorie, au même titre que Papaya, premier long-métrage de la réalisatrice Priscilla Kellen, produit par Alê Abreu (Le Garçon et le monde). En perspectives, c’est le long métrage chinois Han ye deng zhu (Light Pillar), lui aussi un premier film, que j’ai très envie de découvrir. Enfin, côté marché, cette édition de la Berlinale 2026 accueille pour la première fois les Animation Days, trois jours consacrés à la fine fleur de l’animation européenne et mondiale, avec pas moins de 28 projets présentés aux producteurs, vendeurs et distributeurs curieux. Preuve en est que l’animation, qui termine une année 2025 exceptionnelle après les succès de Flow, Ne Zha 2 ou encore KPop: Demon Hunters et Zootopie 2, a de beaux jours devant elle.

Elli Mastorou
Ma première Berlinale remonte à 2014, avec Grand Budapest Hotel de Wes Anderson en ouverture. J’y suis retournée régulièrement ensuite jusqu’en 2020, mais je n’avais pas remis les pieds à Potsdamer Platz depuis la pandémie Covid. Hâte donc de voir ce qui a changé, notamment depuis l’arrivée de la nouvelle directrice Tricia Tuttle, et ce qui est resté en place. J’espère notamment retrouver les vendeurs ambulants de bretzels géants. Plus sérieusement, côté films, l’éclectisme de Berlin, moins « glam et paillettes » que Cannes et Venise, mais souvent plus pointu dans son programme, est l’occasion de faire des découvertes inattendues avec des films hors des sentiers battus. Dans mon planning, pour l’instant j’ai prévu un double bill Hiam Abbass, l’actrice palestinienne étant à l’affiche de Seuls les rebelles de Danielle Arbid (Panorama) ainsi que de À voix basse de Leyla Bouzid (Compétition). Je suis curieuse aussi de découvrir Amy Adams dans At the sea, le nouvel opus du Hongrois Kornél Mundruczó (White God, Pieces of a Woman), ainsi que le dernier Gore Verbinski (The Ring, Rango), fort d’un casting alléchant (Sam Rockwell, Juno Temple) et un titre qui l’est tout autant : Good luck, have fun, don’t die. Il y aura aussi un peu de Belgique, avec Forêt Ivre de Manon Coubia, avec Anne Coesens et Salomé Richard dans un décor de nature sauvage. Avec toutes ces séances, j’espère échapper un max au froid polaire prévu dans la capitale Allemande, seul élément qui n’est pas du tout dans mes attentes…

Julien Del Percio
Aller à la Berlinale est un grand moment pour le jeune critique que je suis. Moi qui n’ai connu ni les plages huppées de Cannes, ni les canaux de Venise, voilà que je pose enfin le pied dans un grand festival européen. Et Berlin, ville-monde protéiforme, avec son architecture bizarre où se côtoient buildings modernes et vestiges soviétiques, avec son froid mordant et son histoire contrariée, me paraît être le territoire idéal pour m’abandonner totalement au septième art. Sept jours et pas moins d’une vingtaine de projections sont prévues dans mon petit agenda numérique, parmi lesquelles il y a finalement peu de films que j’identifie distinctement. Là réside sans doute le charme si particulier de la Berlinale : la sélection n’est pas qu’une collection de noms trop routiniers comme Cannes, mais au contraire un ensemble étonnant, mystérieux, inconnu, qui invite sans cesse à la découverte. Un titre, une seule image, parfois un synopsis sybillin : voilà ce qui suffit à forger mon attente dans la plupart des cas. J’attends donc Dao, dont les trois petites lettres cachent en réalité une fresque de plus trois heures éparpillées entre la banlieue parisienne et la Guinée Bissau. J’attends aussi Nightborn, où Rupert Grint (l’ancien Ron Weasley d’Harry Potter) s’invite dans un conte de folk horror sur la maternité, au fin fond des forêts séculaires de la Finlande. J’attends aussi Heysel 85, étonnant projet qui semble revenir avec courage sur l’un des drames belges les plus médiatisés de l’histoire contemporaine. Et puis, j’attends aussi tous les autres films, ceux dont je ne connais encore rien et qui pourraient trôner au sommet de mes coups de cœur.




