top of page

It’s Never Over, Jeff Buckley : Le portrait d'un artiste touché par la grâce

Intime plutôt qu’exhaustif, ce documentaire nous offre un portrait très personnel et sensible du célèbre musicien. 


© Merri Cyr - Magnolia Pictures
© Merri Cyr - Magnolia Pictures

Parmi les figures du rock parties trop tôt, Jeff Buckley fait figure d’outsider. D’abord parce qu’au moment de son décès, à l’âge de 30 ans, il n’a qu’un seul album studio, Grace, à son actif. Sa légende est encore en train de s’écrire. Mais aussi, et surtout, parce que son histoire ne contient pas tout à fait le même cocktail sex, drugs & rock’n’roll que des personnalités comme Jim Morrison, Brian Jones ou Janis Joplin. À moindre dose en tout cas.


C’est un artiste sensible, âme en peine plutôt que figure charismatique, que nous présente la réalisatrice Amy J. Berg dans It’s Never Over, Jeff Buckley. S'appuyant sur une multitude d’images d’archive, la cinéaste recompose sa vie avec les fragments dont elle dispose : scènes de concerts, extraits d’interviews, ou encore des messages laissés par Buckley sur des répondeurs. Et évidemment, des témoignages de ses proches. 


© Magnolia Pictures
© Magnolia Pictures

Ce sont principalement les femmes qui ont traversé sa vie (sa mère; son ex-petite amie, l’artiste Rebecca Moore; sa compagne au moment de sa mort Joan Wasser) qui s’expriment. Leur parole, intime et vulnérable, donne au film une sensibilité qui manque à beaucoup de documentaires du même genre. Jeff Buckley l’artiste compte énormément à leurs yeux, mais pas autant que Jeff Buckley la personne. Une personne qui aimait s’affranchir des normes de genres, et qui a vécu sa notoriété grandissante comme un fardeau. Un homme troublé et anxieux, doté d’une merveilleuse voix et d’une curiosité insatiable. Un garçon qui n’a jamais cessé, à son grand regret, d’être comparé au musicien Tim Buckley, ce père qu’il n’a pas connu. Une comparaison qui le poursuivit d’ailleurs jusque dans la mort : père et fils ont en commun d’avoir passé l’arme à gauche bien trop tôt. 


Là où beaucoup de documentaires tendent à une certaine exhaustivité, celui-ci assume un point de vue plus intime, quitte à laisser de côté de nombreux détails biographiques, et même à omettre des collaborateurs importants, comme le guitariste Gary Lucas. On devine, en parallèle d’autres documentaires sur Buckley, que certaines parts d’ombre ont été éludées pour construire ce film à la limite de l'hagiographie


© Magnolia Pictures
© Magnolia Pictures

Le long-métrage ne va pas jusqu’à le présenter comme un saint, mais l’image d’un ange déchu vient plusieurs fois à l’esprit pendant les 108 minutes du récit. Ses chansons y sont pour beaucoup : habité de nombre de ses titres, It’s Never Over, Jeff Buckley fait un usage généreux de sa voix gracieuse, et certains des meilleurs moments du film sont ceux qui laissent ses performances lyriques prendre le dessus. 


Mais c’est la compassion plus que l’admiration qui guide la démarche d’Amy J. Berg. Assumant plus ou moins la subjectivité de son approche, elle nous offre un portrait imparfait de l'homme et de l’artiste, plus touchant que fascinant. 



Avec Jeff Buckley, Maria Guibert, Rebecca Moore. États-Unis, 106 minutes.


bottom of page