Rental Family : Brendan Fraser charme, mais l’orientalisme persiste
- Arthur Bouet
- il y a 3 heures
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Étrange objet que ce Rental Family, guimauve impérialiste déguisée en étreinte affectueuse entre les cultures américaine et japonaise.

Dans un Japon exotisé, dont ni les cerisiers, ni le Mont Fuji ne nous sont épargnés, Philip, un acteur américain solitaire, décroche un étrange contrat : incarner des proches de substitution pour une agence de « familles à louer ». Dans ce rôle de has-been qui vivote en jouant les tubes de dentifrice dans des publicités, Brendan Fraser fait preuve d'une autodérision mi-salutaire, mi-pathétique, quant à son statut bien réel d'idole déchue du grand écran. En reconquête de sa foi dans le métier, l’ancienne star de la saga La Momie épouse la trajectoire de son personnage qui, au contact d'un vieil homme acariâtre et d'une petite fille sans père, reprend goût aux relations humaines. Après l'une de ses premières performances, Philip s'étonne ainsi que « certains moments paraissaient réels. »

Autour de Fraser, le reste du casting nippon fait office de faire-valoir, voire – et c'est plus gênant – de figure repoussoir. La prétendue hypocrisie japonaise, qui pousse par exemple une jeune femme à échafauder un faux mariage plutôt que d'avouer son homosexualité à sa famille, sera balayée par une leçon de courage et d’honnêteté dispensée par le sauveur blanc occidental. Enrobée dans une musique sucrée et une image télévisuelle plate, la fable morale a de quoi faire grincer des dents. Derrière sa volonté affichée de décentrer son protagoniste pour en faire une figure d’humilité, le film relève en réalité d'un impensé colonial nauséabond, doublé d'un orientalisme daté qui réduit le Japon a un décor de carte postale, et ses habitant·es à des automates sans sentiments. Le résultat ? Un beau démarrage outre-Atlantique, et des rumeurs de nomination à l'Oscar du meilleur acteur pour Brendan Fraser. Le soft power américain a de beaux jours devant lui.
Avec Brendan Fraser, Takehiro Hira, Mari Yamamoto. Etats-Unis, Japon. 110 minutes. 2025


