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Skan Triki, pirate de l'image


©Christophe Licoppe

Skan Triki crée des animations graphiques en mouvement pour des blockbusters internationaux. Le Bruxellois s’est reconverti dans le motion design après un passage par le journalisme. On en a profité pour l’interroger sur ce métier intriguant.


Pouvez-vous expliquer votre métier ?

Je suis motion designer, c’est un métier qui consiste à mêler l’animation et le design. Ce sont des animations graphiques 2D ou 3D en mouvement. Cette technique existe depuis plus d’un siècle. Dans le film Minority Report, les interfaces holographiques sur lesquelles Tom Cruise pianote par exemple, c’est du motion design.


Comment en êtes-vous arrivé à travailler dans le motion design ?

Ma famille baigne dans l’art, mon père est peintre. Je suis passionné par les images et je sais le temps que cela prend de les créer. Cela m’a guidé vers le journalisme. J’aimais décrire les situations, les gestes, les paysages. J’ai intégré des aspects de motion design dans ma pratique journalistique avec la data-visualisation : je créais des vidéos qui accompagnaient mes enquêtes. Je me suis ensuite entièrement reconverti dans le motion design.


Est-ce que vous avez suivi des formations pour cette reconversion ?

J’ai toujours eu un intérêt pour l’informatique. Ça a commencé à l’âge de 6 ans quand j’ai reçu une console Megadrive 2… Je l’ai piratée (rires). Je suis plutôt autodidacte, j’ai passé beaucoup de nuits blanches pour maîtriser certains outils. J’ai aussi été professeur en motion design à la haute école bruxelloise IHECS. Je n’ai aucun diplôme moi-même (rires). J’ai cependant suivi des formations comme celle de l’artiste Nik Hill, que j’admire énormément. Il a travaillé sur Blade Runner 2049 et Les Gardiens de la Galaxie. En 2020, j’ai lancé mon propre studio à Bruxelles, Motion Sense. Je tiens à remercier ma femme, Rania Bouchaala, pour ce parcours car je n’y serais pas arrivé sans son soutien et sa patience.


Sur quels films avez-vous travaillé ?

J’ai travaillé sur Dune en 2020 et sur Black Panther 2 en 2021, pour le studio Experience Perception, notamment la scène dans le laboratoire où il y a une séquence ADN en 3D. On a utilisé différents logiciels : Houdini, Cinema4D et After Effects. Je travaille aussi sur un troisième film, un Marvel qui sort en février. Je ne peux pas le citer, je respecte l’embargo, mais peut-être que votre public le reconnaîtra (rires).



© Walt Disney Company


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui voudraient embrasser cette carrière ?

Se constituer un portfolio qui soit le plus qualitatif possible et ne jamais tomber amoureux de ses images. Éviter d’avoir trop d’égo, car les studios nous demandent souvent de modifier notre travail. J’essaie aussi de prendre contact une fois par mois avec le service qui gère les artistes dans les studios, pour leur montrer mes images et leur donner mes disponibilités. En Wallonie et à Bruxelles, il y a une pénurie de motion designer. Il faut vraiment que les écoles et les pouvoirs publics investissent dans ce domaine car la demande est exponentielle.


Que pensez-vous des critiques que reçoit ce type de cinéma ?

Elles sont parfois fondées. Je veux dire que les effets spéciaux ne font pas tout. Il faut un bon scénario, une cohérence dans l’histoire, soigner la psychologie des personnages… À ce titre, Les Éternels m’a par exemple beaucoup déçu alors que les effets spéciaux sont incroyables ! Rien ne peut battre le tout premier film Marvel sorti en 2008, Iron Man. Il y a une vraie subtilité dans le personnage, une ambiguïté dans cet homme qui s’intéresse à l’humanité et qui, en même temps, est assoiffé d’argent. J’aime cette dualité. Ce qui est intéressant, c’est la manière dont ces films-là se sont depuis ouverts à la diversité de genre et d’orientation sexuelle.


Une révolution n’est-elle pas en cours dans votre secteur ?

Oui, celle provoquée par l’intelligence artificielle, qui parvient à créer des images par elle-même. Je sais que cela inquiète beaucoup de gens, comme lors de chaque révolution industrielle. Je pense que l’IA ne nous remplacera pas, on aura toujours besoin des humains. Elle va être une compagne de route et nous aider dans notre travail. Elle va nous inspirer !


Propos recueillis par Camille Wernaers


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