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Wake Up Dead Man : à crucifixs tirés

© Netflix
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Faut-il que l’intrigue meurtrière d’un whodunit soit réussie, pour que le film le soit aussi ? C’est la question qui se pose devant le savoureux Wake Up Dead Man, troisième aventure du détective Benoit Blanc, et surtout troisième tentative de Rian Johnson de s’approprier le genre. Après le génial À couteaux tirés, qui était parvenu à réinventer à sa manière la formule favorite d’Agatha Christie, et un Glass Onion nettement moins convaincant, l’équipe remet le couvert pour un troisième volet dont le mystère est peut-être la facette la moins intéressante. 


Comme dans les deux premiers opus, nous sommes jetés dans une grande partie de Cluedo peuplée de personnages plus ou moins détestables, en tout cas sur le plan politique. Ici, une communauté religieuse qui gravite autour d’un prêtre aux accents trumpiens (Josh Brolin), et dont l’assassinat, aux paramètres en apparence impossibles, marque le point de départ d’une enquête intrigante. Qui de sa congrégation, jouée par un ensemble d’acteur·ices aussi connus que talentueux (Glenn Close, Andrew Scott, Kerry Washington, pour n’en citer que quelques-uns), est derrière ce meurtre qui défie la logique ? Avant même que son héros détective n’apparaisse dans le récit (ce qui n’arrive qu’après une demie-heure !), le film sème ses indices, nous invitant à nous méfier de tout un chacun. 


© Netflix
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Difficile néanmoins de se passionner complètement pour cette enquête retorse. Ce n’est pas tant que sa résolution ne nous tienne pas à cœur, mais que les enjeux qui l’entourent nous importent moins que le sort du protagoniste du film, un jeune vicaire du nom de Jud. Parachuté dans la congrégation après avoir frappé un de ses supérieurs, il nous est immédiatement sympathique. Impétueux et sincère, enchaînant les gros mots entre deux alléluias, il vit sa foi avec un idéalisme contagieux, prêchant l’ouverture plutôt que les dogmes. Josh O’Connor est remarquable dans le rôle, prêtant son charisme et sa présence attentive à ce personnage foncièrement attachant. Il forme un excellent duo avec le Benoît Blanc de Daniel Craig : les deux hommes ont beau être diamétralement opposé dans leur foi, il se dégage de leurs interactions une vraie complicité. Pas besoin d’avoir les mêmes croyances pour partager une vision du monde compatissante. 


C’est sur ce point que Wake Up Dead Man diverge de ses prédécesseurs. Si le film se moque à nouveau des avatars de l’Amérique MAGA, son regard est empreint de pitié à leur égard, et nourri de l’espoir que tout n’est pas perdu pour eux. Travaillant au corps les thèmes catholiques de son récit, le film s’interroge sur la foi, l’importance de la fiction dans la religion, et sur le pardon. Rian Johnson n’approche pas ces questions de manière très subtile (on pense aux rayons de soleil qui inonde les pièces dans certaines scènes), mais sa démarche dégage quelque chose de sincère.  


© Netflix
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On ne peut pas pour autant dire que ce nouvel opus est foncièrement plus sombre que les précédents. Le ton reste celui d’un whodunit assez ludique, et si certaines scènes s'adonnent effectivement à une atmosphère gothique à la Edgar Allan Poe, c’est toujours avec un peu d’espièglerie, et un certain panache. Les coups d’éclat, les révélations et les personnages grandioses que Wake Up Dead Man nous proposent sont toujours truculents. La familiarité d’une recette ne l’empêche pas d’être savoureuse. 


Si d’autres aventures de Benoît Blanc nous attendent dans le futur, espérons que la saga tiendra compte de ses propres limitations. Il n’est sans doute plus possible de prendre complètement le public au dépourvu avec un whodunit, mais la série peut encore nous surprendre. La scène la plus étonnante (et la plus belle) de Wake Up Dead Man n’a pas trait à l’enquête, mais la déraille, nous offrant une révélation d’un autre genre. 



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