Nino dans la nuit : Le portrait génération héritière d'un monde chaotique
- Raissa Alingabo Yowali M'bilo
- il y a 5 heures
- 2 min de lecture
Après Even Lovers Get the Blues et Lola vers la mer, le réalisateur belge Laurent Micheli signe une adaptation du roman de de Simon Johannin et Capucine Azaviele, faisant jaillir la beauté d’une “vie de merde”.

On se demande bien ce que Nino Paradis, 20 ans, fait parmi les candidats de la Légion étrangère. La voix off qui est la sienne relate les évènements des jours précédents. Les images se succèdent : la fête, la drogue, l’amour. Un amour incandescent et fusionnel qui rappelle nos premières fois. Nino aime Lale à la vie, à la mort. Pourtant, quand on le retrouve, il semble avoir renoncé à son passé, après avoir laissé quasi pour mort le violeur d’une amie. Sa tentative de rejoindre l’armée se révélant infructueuse, une longue errance commence.

Dans un premier temps, le film peine un peu à décoller, transposant presque trop fidèlement le roman de Simon Johannin et Capucine Azaviele dont il est adapté. Si l’écriture du duo est déjà très cinématographique, laissant de belles impressions, la fiction de Laurent Micheli ne démarre vraiment que lorsqu’elle s’en détache, et invente son propre langage poétique. Quand le cinéma prend le pas sur la littérature.
La voix off devient plus pertinente lorsqu’elle sert le lyrisme diffus du film et s’y fond. Elle nous donne accès à l’intériorité de Nino, personnage presque affable. Il se positionne d’abord en observateur, témoin de sa propre vie et de celle de sa précieuse bande d’ami·es (dont un magnétique Théo Augier mais aussi Bilal Hassani, qui crée une vraie surprise par son interprétation plus sobre que d’habitude). Mais au fur et à mesure, on finit par mieux le saisir : noctambule invétéré et apathique en apparence, Paradis se révèle être un garçon sensible, allergique à l’injustice, extrêmement généreux et parfois trop naïf. Ce sont mêmes ces traits de caractère qui le plongent de galères en mésaventures mais lui assurent aussi l’amour indéfectible de son entourage.

Nino dans la nuit présente une esthétique Gen-Z (graphisme du titre, costumes, langage) et queer très assumée. Mais le film ne se limite pas à cette surface, portraiturant avec attention cette génération héritière d’un monde chaotique, qui essaye d’y survivre à sa façon. Ce sont ces tentatives qui nous sont narrées : les espoirs déçus et les stratégies de résistance à cette société qui broie et enfante de plus en plus de laissé·es pour compte. Paradis et sa bande font parties de celles et ceux qu’on relègue aux métiers précaires, qu’on exploite et dont on se sert, y compris sexuellement. Alors faire la fête, planer, dealer, voler, aimer, deviennent autant d’échappatoires que d’alternatives à la submersion. La beauté émerge de ces personnages téméraires et parfois roublards, qui aspirent à arracher leur part du gâteau mais surtout, à se rendre justice. Iels portent en eux·elles le feu d’une douce insurrection.
Avec Oscar Högström, Théo Augier, Mara Taquin, Bilal Hassani. Belgique/France, 117 minutes.



