3 questions à Sophy Romvari, réalisatrice de Blue Heron
- Constant Carbonnelle

- il y a 2 jours
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Pour son premier long métrage Blue Heron, la cinéaste canadienne Sophy Romvari s’inspire de sa propre histoire familiale pour raconter l’enfance de Sasha, marquée par les difficultés psychologiques de son frère Jeremy. Entre souvenirs de jeunesse et fiction, elle revient sur sa démarche.

Le film se situe à la frontière entre documentaire et fiction. Comment avez-vous travaillé cet espace où les souvenirs vécus rencontrent la reconstruction cinématographique ?
Je n’utilise pas vraiment ces termes de documentaire et de fiction. Je ne crois pas à une authenticité « pure » : c’est toujours, d’une certaine manière, une construction.
Par contre, dans le film, les travailleurs sociaux sont de vrais travailleurs sociaux. Je voulais que leurs réponses soient réelles et authentiques, plutôt que quelque chose que j’aurais écrit. Mais Sasha, elle, est interprétée par une actrice. La fiction était aussi importante pour me donner une liberté artistique. Je n’étais pas dans une logique du type : « C’est comme ça que je m’en souviens, donc il faut que ce soit comme ça. » Certaines choses sont très proches de ma vie, d’autres sont complètement fictives. C’est donc un mélange total.

Dans votre film, vous préférez les moments ordinaires aux éclats de violence de Jeremy ou aux scènes spectaculaires. Pourquoi ?
Je voulais montrer les choses les plus banales de la mémoire, mais raconter les événements les plus durs avec des mots. C’est peut-être risqué, parce que certaines personnes veulent voir du spectacle, mais c’est réellement comme ça que je l’ai vécu. Je ne me souvenais pas des moments les plus difficiles. Puis, plus tard, j’en ai entendu parler, et cela a complètement recontextualisé ce dont je pensais me souvenir.
C’est donc une partie de la démarche : montrer cette expérience où l’on pense parfois se souvenir de l’ensemble, alors qu’en réalité, certaines pièces manquent. Enfant, on ne voit et n’entend qu’une partie de ce qui se passe, et c’est en devenant adulte qu’on comprend parfois que la situation était bien plus grave qu’on ne le réalisait.

Est-ce que vous aimeriez que le film ouvre un espace de dialogue autour de la santé mentale au sein des familles ?
Je ne veux pas partir du principe que mon film peut résoudre cette crise persistante autour de la santé mentale. Il y a énormément de stigmatisation envers les personnes qui souffrent ou qui rencontrent des difficultés psychologiques, que ce soit pour des choses relativement légères, comme l’anxiété ou la dépression, ou pour des troubles psychiatriques plus importants, qui peuvent vraiment affecter le quotidien de quelqu’un.
Idéalement, j’aimerais que les gens puissent, ne serait-ce qu’après avoir vu le film, avoir une conversation avec leur famille sur ces questions. Mais je ne veux pas non plus mettre cette pression sur l’art, comme s’il devait changer les choses.
Je pense surtout que le film permet aux gens de se sentir compris, de se sentir moins seuls face à ce qu’ils vivent. Il a quelque chose d’universel.
C.C



