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Alter Ego : Une comédie absurde portée par Laurent Laffite

Dix-huit ans après La Personne aux deux personnes, le tandem Nicolas et Bruno revient à la thématique du double dans cette comédie jubilatoire dominée par un Laurent Lafitte au sommet de son art.



Et s'il existait, quelque part dans le monde, un sosie parfait de vous, en mieux ? C'est le point de départ de cette comédie joyeusement barrée que signe le tandem de réalisateurs Nicolas & Bruno. Un beau jour, Alex Floutard voit emménager dans la maison voisine de sa banlieue générique Axel Chambon, un homme qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau mais le surpasse en tous points : son brushing est fourni et impeccable, sa sexualité hyperactive, sa pratique du sport quotidienne et le scélérat devient même son supérieur hiérarchique dans son entreprise. Problème : Alex est le seul à voir la ressemblance. 


Laurent Laffite dans Alter Ego
Alter Ego © Athena Films

La thématique du double est féconde au cinéma. De Dr Jekyll et Mister Hyde (1941) à A Different Man (2024), les personnages jumeaux ou bicéphales sont toujours moteurs de comédie, de malaise et de mise en scène. Nicolas et Bruno en faisaient déjà leur miel dans leur premier long-métrage, le fabuleux La Personne aux deux personnes, dans lequel l'esprit d'un chanteur has-been trouvait refuge dans le corps d'un comptable médiocre. Avec Alter Ego, ils offrent à Laurent Lafitte un boulevard où déployer ses talents de comédien, et l'ancien pensionnaire de la Comédie-Française s'en donne à cœur joie. Tant dans le rôle d'Axel, employé minable, chauve et colérique qui se ratatine dans sa névrose, que dans celui de son double, tout en fausse modestie, sourire charmeur, et courtoisie publicitaire. Les réalisateurs captent leurs échanges dans des champs-contrechamps où la durée des plans et le tempo comique de l'acteur distillent une pesanteur délicieusement cringe.


Laurent Laffite et Blanche Gardin dans Alter Ego
Alter ego © Athena Films

S'il patine un peu dans sa satire de l'entreprise, tributaire d'un imaginaire eighties vieillot, le métrage s'épanouit en prenant le maquis le temps d'une virée camping mémorable. La crise de la cinquantaine et l'angoisse de la performance de son protagoniste y atteignent un point de non-retour qui fait basculer le film vers le thriller fantastique, et libère la caméra des cinéastes : derrière un coin de mur, Axel mime une bagarre féroce avec son voisin, sauf que... celui-ci n'est pas là. Échangeant postiche et postures à tour de rôle, modulant sa voix en fonction de celui qu'il nous donne à voir, Lafitte prend les rênes de la mise en scène dans un numéro burlesque virtuose. Une chose est sûre : si la meilleure version de nous-même se pointait, on aurait, nous aussi, envie de lui casser la gueule.


Avec Laurent Lafitte, Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko. France, 99 minutes. 



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