Bearcave : questionner le collectif par l’amour
- Lily Martin
- 9 déc. 2025
- 2 min de lecture

Pour leur premier long-métrage Bearcave en compétition "révolution" au Cinemamed, le duo de cinéastes Stergios Dinopoulos et Krysianna B. Papadakis adaptent leur court éponyme sorti en 2023. L’histoire est celle de deux amies dans un village en Grèce, Anetta et Argyro, dont la relation ambiguë est menacée lorsqu’Anetta annonce qu’elle part s’installer avec son mari dans une autre ville. Elles décident alors d’explorer une “cave à ours” dans la montagne pour profiter des derniers moments de leur amitié avant que tout ne change.
Par sa forme déjà, Bearcave se distingue par une photographie exceptionnellement travaillée des paysages grecs. L’image à la texture changeante, parfois scintillante, renforce la fantaisie évoquée par les deux femmes ; tout comme les plans qui se resserrent sur elles jusqu’à devenir verticaux, marque d’audace des cinéastes. La musique, quant à elle, accompagne les différentes séquences mais prend aussi une place importante dans la construction de la narration. On se retrouve au plus proche d’Anetta et Argyro en écoutant de la techno dans leurs soirées, lorsqu’elles se préparent à sortir, dans la relation entre Anetta et sa belle-mère, qui écoutent des tubes d’une autre époque.

La réalisation ne se contente pas d’être belle, elle infuse subtilement le film de symboles : le caractère contradictoire d’Anetta lorsqu’elle cache sa marijuanna dans une pochette surmonté du visage de Jésus ; son sentiment d’être emprisonnée lorsqu’elle place derrière la palissade de la maison de sa belle-famille puis derrière les grilles au zoo ; la sensation de perte d’Argyro devant son cabri ensanglanté. Le mystère va jusqu’au titre du film, le point de départ de l’histoire étant cette fameuse cave à ours comme prétexte pour réunir les deux femmes une dernière fois. L’ours devient un mythe poétique qui traverse le film sans jamais se révéler à nos yeux.
Le point de vue sur l’histoire d’amour entre Argyro et Anetta est loin du male gaze souvent présent dans les films qui font le portrait d’amours lesbiennes. Sans ignorer les désirs des deux femmes, Bearcave dresse le portrait de leur attachement avec subtilité, entre regards, silences et souvenirs revisités. Mais la musique, comme l’image ne se contentent pas de raconter une histoire d’amour entre deux femmes, elles dressent le portrait de deux personnages en décalage avec la communauté qui les a fait grandir, et la difficulté de faire des choix qui ne correspondent pas aux attentes. Finalement, l’intérêt du film se trouve aussi dans sa capacité à créer un imaginaire et un récit de femmes. Bien qu’ils prennent de la place dans les choix et les vies des personnages, on voit peu d’hommes – c’est du côté des mères, des grand-mères et des amantes que l’on se trouve. On remarque alors que les décisions souvent difficiles sont une affaire de transmission, et pas seulement un problème individuel. En plaçant cette histoire d’amour singulière dans son contexte de village rural, Bearcave vient interroger nos représentations et constituer une mémoire collective et féminine.



