Berlinale : Papaya, un film d'animation sans dialogue intime et universelle
- Kévin Giraud

- il y a 1 jour
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« Entre un arbre-mère et une jeune graine à la fois », c’est ainsi que s’est sentie la réalisatrice brésilienne Priscilla Kellen lorsqu’elle est devenue mère à 36 ans. Femme très libre et indépendante jusque-là, c’est cette grossesse et cet accouchement qui ont façonné ce qui allait devenir Papaya, son premier long métrage, présenté aujourd’hui à Berlin dans la sélection Generation Kplus. Rencontre.

Avant de commencer votre carrière, pouvez-vous vous souvenir de votre tout premier souvenir marquant lié à l'animation ?
La première image qui me vient à l'esprit, plus une sensation d'enfant qu'un souvenir précis, est celle des personnages et des couleurs de la famille Barbapapa. Je me souviens aussi de la sensation agréable de regarder des dessins animés plus abstraits diffusés sur TV Cultura (notre chaîne de télévision publique), en particulier ceux réalisés en stop-motion avec de la pâte à modeler, comme Mio Mao et Pingu.
L'animation semble avoir toujours fait partie de votre vie. Comment avez-vous débuté dans ce secteur ?
Mon parcours dans l'animation a débuté lors de mes études de premier cycle en design graphique, lorsque, grâce à Anima Mundi, j'ai découvert d'incroyables animations expérimentales du monde entier et décidé de travailler dans ce secteur. Durant cette période, j'ai rencontré Alê Abreu (Garoto Cosmico, Le garçon et le monde) et j'ai commencé à collaborer à ses projets, d'abord comme graphiste, puis en intégrant les équipes artistiques et d'animation de ses deux premiers longs métrages. Par la suite, j'ai réalisé la série de 26 épisodes Vivi Viravento. Ces trois projets, très différents les uns des autres, m'ont accompagné de leur conception à leur réalisation, cherchant toujours le langage et le style qui correspondaient le mieux à la personnalité de chaque œuvre. Ce parcours s'inscrit dans une curiosité de longue date: depuis l'enfance, mon intérêt pour le dessin, la peinture, les techniques artistiques et l'histoire de l'art a constamment guidé ma démarche créative.7

Pouvez-vous nous parler de la naissance de Papaya ?
L'inspiration m'est venue pendant ma grossesse et s'est concrétisée après la naissance de mon fils, au fur et à mesure que celui-ci grandissait et découvrait le monde. J'ai été ravie de suivre de si près tout ce processus de développement humain, dans un échange symbiotique, et en même temps, de constater l'impact et les répercussions de l'accueil de cette nouvelle vie sur la mienne.
Je suis devenue mère à 36 ans. Jusque-là, j'avais été une femme très libre et indépendante, et soudain, je me suis retrouvée enracinée dans le quotidien d'un enfant. J'avais l'impression de perdre ma liberté et mon autonomie, tandis que mes rêves et désirs les plus naïfs continuaient d'alimenter mon imagination. C'était une sorte de crise existentielle: je me sentais à la fois comme un arbre-mère et comme une jeune graine.
Quels défis techniques ce projet a-t-il impliqués ?
Dès le début du projet, l'objectif était de raconter l'histoire clairement, sans un mot, à l'image d'une graine découvrant le monde, et de permettre au film de toucher un public aussi large que possible. Sans dialogues, le film s'appuyait uniquement sur les réactions vocales, les bruitages et la musique pour marquer les ambiances et les moments forts. Dès la préproduction, nous avons dû trouver des solutions narratives plus visuelles, à commencer par les storyboards, la conception des personnages et les décors. En parallèle, l'équipe d'animation et d'effets spéciaux a développé le jeu des acteurs à partir de références sonores et de bandes originales.

Avez-vous dû surmonter d'autres obstacles durant cette production ?
Les scènes illustrant le réseau souterrain et la communication entre les plantes et les champignons dans le sol ont mis l'équipe à rude épreuve, nous forçant à surmonter de nombreux obstacles à chaque étape de la production. Heureusement, nous avons tous relevé le défi, cela nous a beaucoup appris et nous sommes ravis du résultat !
Papaya fait écho à bon nombre des préoccupations écologiques déjà présentes dans Le garçon et le monde. Était-il important pour vous d'aborder également ces questions ?
Grandir dans le monde actuel n'étant pas chose facile, j'ai estimé que Papaya devait aborder des thèmes tels que les dilemmes existentiels et les enjeux climatiques, qui préoccupent fortement les jeunes. Je souhaitais les traiter de manière ludique et poétique, en offrant la possibilité de rêver librement, voire d'envisager des solutions magiques, tout en laissant place à la réflexion et à l'interprétation personnelle, dans le respect de l'esprit critique et de l'évolution du point de vue du spectateur.
En ce sens, Generation Kplus est l'endroit idéal pour la première internationale de Papaya.
En parlant de la Berlinale, que ressentez-vous en faisant partie de cette forte représentation brésilienne ?
Le cinéma brésilien connaît actuellement une période faste, portée par le succès international de films tels que Je suis toujours là de Walter Salles, L'Agent secret de Kléber Mendonça [couverture de notre numéro de fin d’année 2025, NDLR] pour ne citer qu’eux. La sélection de Papaya à la Berlinale est un véritable honneur et a été accueillie avec enthousiasme, renforçant l'optimisme du secteur. C'est une reconnaissance de la qualité artistique et cinématographique de notre animation, aux côtés de six autres films brésiliens de cette édition. Je suis impatiente d'assister aux projections du film à la Berlinale et même un peu anxieuse de découvrir la réaction du public. J'espère qu'il appréciera le parcours de Papaya à la poursuite de son rêve !



