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Berlinale : Iván & Hadoum, le Roméo et Juliette queer qui illumine la section Panorama

Après Seuls les rebelles, la section Panorama continue son sillage à la fois romantique et politique avec Iván & Hadoum, histoire d’amour sous le soleil médittéranéen entre deux personnes que tout oppose: lui est un jeune homme transgenre aspirant à devenir manager dans l’usine à serre du village; elle est une femme hispano-marocaine parmi les plus féroces du syndicat des employé·es. Et pourtant…


Rencontre avec le jeune cinéaste Ian de la Rosa, qui nous explique les coulisses de cette histoire d’amour pas comme les autres.


Ivan et Hadoum
© Lluìs Tudelà

“La première étincelle est née il y a plus de dix ans” dévoile de la Rosa.  “J’étais en train de terminer mon premier court-métrage Victor XX, et j’avais déjà pensé à une histoire à la Roméo et Juliette entre deux personnes travaillant dans des serres industrielles. Ça a été un long et difficile voyage pour arriver jusqu’ici, surtout les trois-quatre dernières années, avec la recherche de financement, avec Eurimages, notre première venue sur le marché du film à Berlin il y a trois ans…” Un développement sur le long cours que Ian de la Rosa semble néanmoins prendre avec une certaine philosophie. “Je sens que pendant ces dix longues années, j’ai pu grandir en tant que personne, en tant que créateur, en tant que scénariste, en tant que réalisateur…Et aujourd’hui, nous sommes là, je suis super heureux!”


La maturité acquise par le cinéaste semble effectivement évidente à la vision du film. Derrière son apparente sobriété, sa réalisation regorge de très longues prises - plan fixe sur la plage, caméra embarquée dans une voiturette. Un filmage discret mais sophistiqué, qui ajoute une indéniable touche d’authenticité et d’immersion à l’expérience. “Pour moi, les longs plans sont le meilleur d’avoir le sentiment d’être là avec eux, d’être partie prenante de l’univers, des  personnages; de cette histoire d’amour. Et puis aussi, quand on laisse la scène se dérouler comme ça, sans couper, il se passe parfois des choses magiques. On laisse s’échapper quelque chose.” 



Si Ian de la Rosa se permet de laisser sa caméra tourner, c’est aussi parce qu’il a conscience de la remarquable alchimie entre ses deux comédien·nes. “Herminia Loh (Hadoum) et Silver Chicón (Iván) font énormément confiance à leur instinct. Ce sont des comédien·nes très généreux·ses, malgré que ce soit leur première fois devant une caméra.” Le réalisateur explique le recrutement un peu singulier de ces deux rôles. “J’ai trouvé Herminia grâce à…Internet. J’ai googlé“Espagne-Andalousie-Maroc-Chanteuse” et Herminia est apparue! C’est fou mais c’est vrai. Et pour Silver, on l’a trouvé grâce à un ami d’un ami, on lui a fait passer quelques auditions…Et voilà, dès que je les ai vus ensemble, j’ai su que je tenais mes Iván et Hadoum.” La complicité du duo se remarque également lors des scènes de sexe, qui sonnent à la fois spontanées et sensuelles. “Iels étaient très à l’aise, et ça a été surprenamment facile pour elleux. Pour moi, en tant que réalisateur, ce que je voulais c’était être très proche de ces deux corps, pour qu’on aie ce sentiment d’être à l’intérieur avec elleux (rires), de sentir cette énergie.”


À l’instar de Roméo et Juliette, l’amour passionné d'Iván et Hadoum n’est pas tout à fait de tout repos. Il y a d’abord, comme dans la pièce matricielle, leurs familles mutuelles qui refusent de les accepter: les parents d’Hadoum rejettent Iván pour sa transidentité, tandis que la mère et la soeur d’Iván voit en Hadoum une marginale et une fauteuse de trouble. Mais il y a aussi (et surtout) ce travail à l’usine mortifère, qui les éloigne de leur propre humanité. Pour Iván, ce poste de manager, mieux payé que celui d’ouvrier, l’élève de sa condition socio-économique et lui permet de jouer ce rôle “d’homme de maison viril” que le regard d’autrui refuse de lui accorder à cause de sa transidentité. Ce n’est qu’au contact d’Hadoum et ses ferventes valeurs syndicales qu’il va peu à peu comprendre la violence du système capitaliste auquel il participe malgré lui. Et le cinéaste Ian de la Rosa de conclure : “L’amour est révolutionnaire. On en a tellement besoin en ce moment. La première étape pour se battre, c’est d’aimer les autres et de s’aimer soi-même. L’amour est le moteur de tout. C’est la principale raison pour laquelle j’ai fait ce film.”


Avec Silver Chicòn, Herminia Loh, 100 minutes. Espagne, Belgique, Allemagne. Sortie Belgique TBC


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