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Berlinale : Seuls les rebelles, un film d'amour et de résistance

Film d’ouverture de la section Panorama de cette Berlinale 2026, Seuls les rebelles, porté par Hiam Abbass (Succession), est une romance inattendue et un geste cinématographique et politique radical signé Danielle Arbid.


Hiam Abbass & Amine Benrachid © Easy Riders Films
Hiam Abbass & Amine Benrachid © Easy Riders Films

Suzanne (Hiam Abbass) et Osmane (Amine Benrachid) se rencontrent à Beyrouth, quand la première sauve le second d’une attaque raciste. La violence de la scène est détournée de façon poétique, avec un ralenti et de la musique : tout le film de Danielle Arbid est dans cette introduction, car Seuls les rebelles, film d’ouverture de la section Panorama de cette Berlinale se veut comme un geste filmique qui répond par la douceur à la violence du monde. Un geste radical, car tout oppose ces deux âmes solitaires sur le papier : elle une veuve et mère palestinienne et chrétienne de plus de 60 ans ; il est soudanais, sans-papiers, musulman et n’a pas encore 30 ans. Autour d’eux, personne n’approuve leur union, mais Suzanne et Osmane vivent leur amour en plein jour comme une rébellion. « Comme dans tous mes films, j'essaye de confronter le public, de le faire réfléchir » explique la réalisatrice franco-libanaise, à qui l’on doit notamment Passion Simple d’après Annie Ernaux. « Ce n'est pas uniquement de la provocation, pour moi il s'agit de dire la vérité : on peut avoir 60, 70, 80 ans, et tomber amoureux. Après tout, on voit bien de vieux hommes riches avec des jeunes femmes de 20 ans ! » déclare-t-elle en riant. « J'espère que moi aussi à 80 ans je serai encore en vie, et que je tomberai amoureuse. Peu importe l'âge, la religion, la couleur de peau, l'orientation sexuelle. Je veux que toutes les femmes puissent ressentir ça. »


 « Ce film est en lui-même un acte de résistance »

Lemon Tree, Gaza mon amour, La Source des femmes, jusqu’à évidemment l’Amérique de Succession, Ramy et Blade Runner 2049, et bientôt dans Palestine 36 : la grande actrice palestinienne Hiam Abbass a tourné partout dans le monde… Mais c’est avec Danielle Arbid qu’elle a tourné un de ses premiers rôles, dans le court-métrage Raddem-Démolition dans les années 90. Elle incarne le personnage de Suzanne avec tendresse et détermination : « Aux yeux du monde, une fois que vous êtes devenue mère, votre vie est passée. Dans le film de Danielle, Suzanne, elle, va vers la vie. J'adore l'idée de l'amour comme acte de résistance, et le film en lui-même est un acte de résistance. »


 « Je voulais documenter Beyrouth avant qu’elle ne disparaisse »

En effet, le contexte de création est particulier : en préambule du récit, un texte indique que suite aux bombardements israéliens sur le Liban, le film a été tourné en studio en France, dans un Beyrouth reconstitué. « La production m’a suggéré de tourner à Marseille, dans des rues et appartements similaires... J'ai refusé, parce qu’au-delà du film, j’avais le besoin de documenter cette ville, que j’ai beaucoup filmée, avant qu’elle ne disparaisse. Je voulais documenter chaque rue, chaque maison, pour prouver que ça existe, que ça a existé. » Les images furent ensuite projetées sur les murs du studio, et les comédiens ont pris leur place dans ce décor particulier. Plutôt que d’essayer de faire semblant, Arbid assume ce processus, avec ses aspects bricolés, du début jusqu’à la fin – avec une scène de conclusion puissante (qu’on ne dévoilera évidemment pas).


Danielle Arbid
Danielle Arbid © Philippe Quaisse

« Je ne suis pas politicienne mais je me dois d’être politique »

Si visuellement cela peut décontenancer, en s’affranchissant d’une volonté de réalisme tant sur la forme que sur le fond, Seuls les rebelles peut être vu comme une parabole, un récit résolument rêveur, comme un doigt d’honneur doux au climat fascisant du monde. Hiam Abbass : « Tout (le contexte géopolitique, NDLR) autour de la fabrication de ce film a fait qu’il est devenu un acte de résistance, en un sens. Ça a nourri notre envie féroce que ce film existe. Tout le tournage était empreint d’une puissante fureur de vivre ». A la question de si un film peut être un acte politique, Abbass répond du tac au tac. « Pour moi, faire un film est un acte politique, et je le dis avec beaucoup plus de facilité qu'avant. Aujourd'hui, on fait ces choses pour exister, et pour faire parler la mort- car eux n'ont pas pu parler. Alors je parle pour eux tous. J'ai la responsabilité de le faire - et pas qu’en Palestine. Chaque fois que j'ai parlé de la Palestine, j'ai parlé du Soudan - alors ce n’est pas un hasard de tourner ce film avec un personnage d'origine soudanaise, avec une réalisatrice libanaise... Je ne fais pas de politique, mais j'ai le devoir d'être politique. Parce chaque acte que nous faisons aujourd'hui dans ce monde a un poids politique. » Des propos aux antipodes de ceux de Wim Wenders, président du jury berlinois cette année, qui au cours de la même journée a déclaré en conférence de presse, en réponse à une question sur le silence de la Berlinale concernant la Palestine (contrairement à l’Ukraine ou l’Iran) qu’un cinéaste doit rester « hors de la politique ». 


Qu’est-ce que ça leur fait alors d’être là, quand on sait que la Berlinale a été vivement critiquée tant en 2024 qu’en 2025 avec un appel à boycott ? « Il y a deux ans, je pense que le génocide à Gaza s'est confondu avec le sentiment de culpabilité lié à l'histoire allemande » explique Abbass. « Mais aujourd’hui avec la nouvelle direction, les choses sont peut-être en train de s’ouvrir ». Et Danielle Arbid de conclure : « En tout cas je suis contente d'être ici en ces temps critiques. J'apprécie que le festival ait choisi ce film en ouverture, ça veut dire quelque chose pour eux, j'imagine... Je vous dirai demain, quand il aura fait sa première (rire) ! ». Même dans les grands festivals de cinéma, les rebelles sont peut-être plus nombreux·ses qu’on le croit.



 

Seuls les rebelles (Only rebels win) de Danielle Arbid. Avec Hiam Abbass, Amine Benrachid. Film d’ouverture Berlinale Panorama. Sortie Belgique TBC.

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