Cannes : Histoires de la nuit, un home-invasion qui tourne à vide
- Katia Peignois
- il y a 4 heures
- 2 min de lecture
Pour sa première sélection en Compétiton avec Histoires de la nuit, Léa Mysius (Ava, Les Cinq Diables) tire de l'adaptation du roman de Laurent Mauvignier un home invasion atmosphérique, à la lisière du fantastique, dédié à sa forme et à son symbolisme, au détriment du récit et de ses personnages.

Au centre des Histoires de la nuit, il y a un décor ; un hameau de trois maisons. L'une vide, et les deux autres habitées respectivement par la famille Bergogne - Nora (Hafsia Herzi), Thomas (Bastien Bouillon) et Ida (Tawba El Gharchi), dix ans -, et Cristina (Monica Bellucci), la voisine, peintre italienne. C'est dans ce lieu de la France rurale et son architecture incrustée de formes rectangulaires que Léa Mysius orchestre une nuit en enfer lors de la fête d'anniversaire de Nora durant laquelle trois frères (Benoît Magimel, Paul Hamy et Alane Delhaye) sèment la terreur.
En démultipliant les angles de prise de vue, les sucradrages et une dialectique entre l'intérieur et l'extérieur, avec une variété de passages - dont un travelling qui transforme l'habitation en maquette-concept pour créer un raccord avec l'écran de télévision d'un dessin animé, la réalisatrice puise dans les interstices de son lieu-protagoniste une matière à tension. Cette recherche du trouble est redoublée, non sans lourdeur, d'une musique dissonante et stridente, scandée par des effets de choc. Appliquée au récit, ce geste de la fissure réduit les personnages à une fonction utilitaire pour faire avancer un précis de contamination par le mail, et ce dès l'enfance. Le symbole des fleurs meurtries - sur les tatouages de Nora et Franck (Magimel) ou dévorées par les insectes - et celui de la peinture abstraite maculée de sang en remettent une couche pour appuyer ce qui était évident dès la première crise entre Nora et sa fille.

D'après la citation de Goya que Cristina garde dans son atelier, "en art, il n'y a pas besoin de couleurs, seulement de lumière et d'ombres" ; un précepte esthétique que Léa Mysius et son fidèle chef opérateur Paul Guilhaume ont appliqué visuellement à la lettre. Ce jeu expressionniste - sur les teintes bleutées tirant vers la nuit et la lumière ocre - se déploie enfin organiquement dans le dernier acte lorsque chaque plan devient un tableau qui s'extirpe du réel pour incarner cette transmission presque fantastique de la violence.
Dans le très beau Les Cinq Diables, Léa Mysius citait ça et là Twin Peaks. Dans Histoires de la nuit, difficile de ne pas penser que la réalisatrice fait des clins d'oeil au cinéma de genre, et à Blue Velvet de David Lynch avec, notamment, le flou qu'elle laisse planer - mais que l'on devine aisément - sur la relation passée entre Nora et le gangster Franck - en référence au Frank Booth de Dennis Hopper, un autre kidnappeur de famille ? Si c'est bel et bien le cas, Histoires de la nuit nous installe en témoin-voyeur d'un héritage enrayé qui se complait trop dans l'exercice de style vu et revu.



