Cannes : Rencontre avec Vincent Lacoste, pour Mariage au goût d'orange
- Arthur Bouet
- il y a 2 heures
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Vincent Lacoste est de retour au cinéma avec Mariage au goût d'orange, un ballet familial en partie improvisé sous la caméra de Christophe Honoré. Rencontre.

Le film est très personnel pour Christophe Honoré. Saviez-vous sur qui était basé votre personnage ? Comment Honoré l'a-t-il construit ?
Le film était assez particulier à faire car, contrairement aux autres films de Christophe, on a fait beaucoup d'improvisation. Les séquences étaient assez peu écrites. Le personnage est basé sur l'oncle de Christophe, et ce que je savais de lui c'est que c'était quelqu'un de très jovial, de très tendre, mais qui a des accès de violence, dûs à la violence qu'il a subie de la part de son père, comme tout le reste de la famille. C'est la complexité de ce personnage : il a été profondément marqué par ça et ne peut s'empêcher de reproduire ces choses qu'il a malheureusement vécues. Le personnage est toujours sur un fil, en tout cas c'est comme ça que je l'ai imaginé. Il a une grande sensibilité : il est toujours à deux doigts de faire une blague ou de s'énerver. Je pense qu'on ressent cette tension dans le personnage. Dans la violence qui jaillit vers la fin, mais même avant, au début du film. On peut le sentir dans son rapport à ses enfants : comment il les engueule, comment il leur donne des ordres. Il a une forme d'autorité sur sa famille. Mais c'est aussi quelqu'un qui vit un moment un peu humiliant, il vient de se faire virer de son travail. Il garde la face mais ne fait que mentir. Il n'a plus d'argent, il est obligé d'en demander à sa famille. C'est un magouilleur et sa violence vient aussi du poids du mensonge, qui le ronge.
Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce personnage et vous a donné envie de faire ce film ?
La collaboration avec Christophe. C'est un cinéaste que j'aime énormément, j'adore ces films qui sont tous très différents. Et il m'offre aussi des rôles très différents. Quand on voit les films que j'ai déjà fait avec lui, ça n'a rien à voir avec Mariage au goût d'orange. C'est un film qu'il voulait faire depuis des années et qu'il n'arrivait pas à mettre en forme. Il est d'abord passé par le théâtre en mettant en scène une pièce sur sa famille, Le Ciel de Nantes. Puis il a eu l'idée du film sous cette forme là. De tout faire reposer sur un mariage envisagé comme un dernier moment de joie dans la famille. Après ça, c'est un effondrement, on est proche de la tragédie. Après ce mariage, les personnages vont tous mourir dans un destin tragique. Là, ils dansent sur des braises.

Le film a une forme très libre, très vivante avec beaucoup de caméra portée. Est-ce que vous prêtez attention à la façon dont vous êtes cadré, aux focales employées ?
Habituellement, Christophe fait des films avec des dialogues très écrits. Ici, il y avait beaucoup d'improvisation. Je pense que c'était nécessaire pour le film car il y a tellement de personnages que pour faire exister tout le monde, c'était impossible d'écrire ces scènes de vie. Il avait donc écrit des situations, quelques lignes de dialogues, mais il fallait improviser. Chaque metteur en scène a une façon de vous regarder, et on peut prendre certaines habitudes mais là, on était pendant un mois dans cette salle de mariage à tel point qu'on l'a presque vécu comme tel. Un film où on est vingt-cinq acteurs sur le plateau tous les jours, ça n'arrive jamais. Donc on oubliait souvent qu'on était filmé. On ne savait pas toujours où était la caméra, on était tellement nombreux, dans les scènes de danse notamment. On ne savait pas toujours si on était à l'image. On jouait la scène sans prêter attention à la caméra. Et cet oubli était assez agréable, ça donnait une sensation de vie qui, je pense, se ressent dans le film.
Il y a tellement de personnages, comment vous rappeliez vous de qui était qui ?
(rires) Christophe nous a fourni un arbre généalogique et on a fait une grande lecture avec tous les acteurs et les actrices. Autrement c'était impossible de retenir tous les noms. Certains enfants, je ne savais même pas comment ils s'appelaient (rires) ! On ne pouvait pas tout retenir. Le scénario même était assez dur à lire. Maintenant que le film est fait, vous avez un support visuel, mais dans le scénario, on ne comprenait rien à qui était qui. Il y a Marie-Paule, Marie-Do, Claude, Claudie... Du coup, avec l'arbre généalogique, j'ai pu écrire les rapports que j'entretenais avec chacun des personnages, et particulièrement avec mes frères et sœurs.



