Cannes : Hope, le grand film d’action de la compétition
Dernière mise à jour : 10 sept.
Dix ans après The Strangers, le cinéaste sud-coréen Na Hong-jin est venu électriser la Compétition avec Hope, une superproduction qui fond les genres sous l'impulsion d'une mise en scène symphonique du chaos.

Cette année à Cannes, les blockbusters américains sont aux abonnés absents. Qu'à cela ne tienne, la Compétition a trouvé en Hope, le film le plus cher de l'histoire du cinéma coréen, le remède idéal : une chasse au monstre féroce et effrénée, en expansion spatio-temporelle constante, bourrée à ras bord d'idées visuelles et sonores dantesques où l'absurdité des hommes mène au carnage. Au sacro-saint héroïsme, notamment hollywoodien, Hope répond par un trivial quasi mystique, poussant le geste jusqu'à rendre son casting de stars internationales (Michael Fassbender, Alicia Vikander, entre autres) méconnaissables en extraterrestres.

En pleine campagne, une vache gît sur une route. Entre le western et l'horreur, en gros plans sur les plaies, l'état d'urgence se confirme. La rumeur évoque un tigre. Le chef de la police (Hwang Jeong-Min), en blouson de cuir, et son lointain cousin (Zo In-sung), s'engouffrent alors dans une traque à la bête dans la ville portuaire de Hope Harbor, à proximité de la zone coréenne démilitarisée, et sa forêt. Les vestiges de la propagande patriotique et la peur d'une attaque du voisin ennemi surgissent furtivement dans le cadre, rappels lancinants d'un mal profond qui anime les habitant.e.s, tou·s·tes armé.es plus que de raison et incapables de faire communauté. Ces figures grotesques s'élancent ainsi dans un bain de sang et de destruction qu'elles extrapolent en croyant l'arrêter au gré d'une course qui déforme et pervertit la perspective.
Une fois la nature de la menace identifiée, Na Hong-jin déploie une bonne heure d'action survoltée et galvanisante. Au programme : gestion du hors champ, mouvements de caméra spectaculaires et travellings virevoltants et fluides, tel un élan à propulsion qui pénètre des espaces éviscérés pour revenir inlassablement sur lui-même ; rythmé par un assourdissant concert de fureur d'outre-monde. Cette esthétique infernale trouve son apogée émotionnel dans la (vraie) rencontre avec le monstre et ses larmes, en miroir inversé de la grossièreté des humains qui jurent comme ils respirent et (se) massacrent, en mode slapstick, sous couvert de se protéger.
Sur ses 2h40 de cavalcade folle, néanmoins pas exemptes d'essoufflements, Hope, qui oscille entre l'épouvante, la comédie grand-guignolesque tendance scatophile et la science-fiction, se métamorphose sans cesse. L'élargissement des frontières (dans tous les sens du terme) de sa mythologie tient jusqu'à un final, en numérique agressif, qui aurait gagné à miser sur la soustraction d'effets et à faire l'économie d'une parole alourdissante.
Avec Hwang Jung-min, Zo In-sung, Jung Ho-yeon, Alicia Vikander, Michael Fassbender. Corée du Sud, 160 minutes.




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