Cannes : L'Inconnue, un vertige métaphysique qui laisse le public sur le carreau
- Arthur Bouet
- il y a 8 heures
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David couche avec une inconnue. Le lendemain, il se réveille dans son corps. Vertige. Il faut le reconnaître, L'Inconnue d'Arthur Harari est une formidable machine à penser. Envisagé avec sérieux, traité sur un mode réaliste, l'argument du body swap, trope chéri de la comédie (Freaky Friday, Échange standard), ouvre un horizon philosophique passionnant : le corps n'est-il qu'une pure surface ? une prison ? un miroir ? Comment délimiter les êtres ? Que devient l'âme, séparée de son enveloppe ?
C'est en filmant son duo d'acteur·ices que le cinéaste s'empare de ces questions et scrute dans leurs visages, dans leurs regards éteints, la trace d'une altérité radicale à elleux-même. Léa Seydoux et Niels Schneider métamorphosé·es, respectivement remplumée et amaigri, apparaissent comme des décombres de chair et de sang sous lesquels perce des identités ébranlées.

Fasciné par l'étourdissement métaphysique qu'il désire susciter, Arthur Harrari en oublie cependant d'ancrer son millefeuille théorique dans la réalité matérielle. À l'instar de ses personnages catatoniques qui se désintègrent en eux-mêmes et se murent dans le silence, le cinéaste ose à peine contempler les implications concrètes de la situation qu'il pose. Comment ça vit, le corps d'un autre ? Ça fait quoi de changer de sexe ? De quoi se trouve-t-on augmenté ? réduit ?
Cette opacité qui confine parfois à la pose – le film se donne comme un pur objet plastique à l'image granuleuse, sale, aux zooms brutaux, et à la musique minimaliste – est en réalité la marque d'une forme de roublardise : en ne faisant qu’entrebâiller des portes sur les conséquences sensibles de cet échange de corps, Harrari tente de laisser ses spectateur·ices imaginer ce qui se cache derrière. Encore faut-il qu'iels ne restent pas sur le seuil.
Avec Léa Seydoux et Niels Schneider. France, 139 minutes.



