The Mandalorian and Grogu : Un retour raté pour Star Wars au cinéma
- Julien Del Percio

- il y a 4 heures
- 3 min de lecture
Une époque lointaine, très lointaine
En 2015, il régnait une indéniable effervescence pop-culturelle à l’approche de la nouvelle trilogie Star Wars, après douze ans d’absence sur grand écran. Et tant pis si cette nouvelle saga était désormais affublée des deux grandes oreilles de Mickey et que son démiurge George Lucas n’en avait pas effleuré le scénario, l’impatience n’en restait pas moins stratosphérique. Plus de dix ans plus tard, la situation a bien changé. La “Guerre des étoiles” a connu de multiples crashs stellaires et l'excitation fébrile s’est dilapidée en soupirs face à la prolifération de productions médiocres issues de l’univers (Solo, Ahsoka, Boba Fett, ou tout simplement la postlogie en elle-même). C’est dans ce contexte plutôt fragile que The Mandalorian and Grogu se dévoile, avec l’objectif clair de rameuter les gens en salles.
Le Mandalorien, un héros de circonstance ?
Élire le Mandalorien Din Djarin (Pedro Pascal) comme nouvel ambassadeur de la franchise sur grand écran n’est pas une idée absurde. Parmi la multitude de contenus Star Wars sortis ces dernières années, la série The Mandalorian constitue l’une des plus populaires, au point d’avoir été l’un des fers de lance de la plateforme Disney + lors de son lancement. Et puis, qui dit Mandalorien, dit forcément Grogu (surnommé Baby Yoda), soit l’une des marionnettes les plus adorables vues sur un écran ces dernières années. Un vrai atout pour la saga, qui a toujours largement compté sur son merchandising agressif pour renflouer ses caisses. Ne restait plus qu’à faire un bon film…

Du petit au grand écran…ou pas.
Le défi de The Mandalorian and Grogu était de taille : comment adapter une aventure du Mandalorien, par essence modeste et schématique, pour en faire un vrai blockbuster estival ? Une question que le réalisateur Jon Favreau et son équipe ne se sont de toute évidence pas posées une seule fois pendant l’élaboration du film. The Mandalorian and Grogu raconte une énième mission où Din Djarin est chargé de coopérer avec des truands - la fratrie de Jabba Le Hutt - pour débusquer un haut-fonctionnaire de l’Empire. Une trame narrative d’une linéarité stupéfiante, dont l’absence d’enjeux galactiques et émotionnels - personne n’évolue dans cette histoire, et certainement pas le Mandalorien - est poussivement masquée par une abondance ahurissante de scènes d’action.
Sur la forme, le bilan est peut-être encore plus triste : rien ne distingue cette super production d’un banal épisode de la série-mère. Les éclairages sont sans relief, les arrière-plans flous, les affrontements souvent mollassons et dépourvus d’inventivité. La saga, autrefois laboratoire d'expérimentation technologique d’Hollywood - pour le meilleur et le pire, comme le prouvent certains effets douteux de la prélogie - est désormais indiscernable du tout-venant des productions Disney. Il n’y a guère que l’habituel défilé de créatures cocasses qui amuse (un petit peu).

Vers quel avenir pour Star Wars ?
Plus que jamais, la franchise des Jedis et des Sith semble dans une impasse créative, qui a en réalité démarré dès le début de la postlogie. Sans cap clair, ni nouveau auteur talentueux à la barre (le prochain film avec Ryan Gosling sera réalisé par Shawn Levy, un autre faiseur sans patte créative à qui l’on doit notamment Deadpool et Wolverine), Star Wars semble condamner à agiter les mêmes motifs ad nauseam, sans jamais s’avancer vers de nouveaux horizons narratifs et visuels. La présence de la fratrie et du fils de Jabba Le Hutt dans The Mandalorian and Grogu n’est ainsi motivée que par la nostalgie et l’impérieux désir de rejouer des scènes déjà vues auparavant. L’absence d’officialisation d’une nouvelle trilogie, qui aurait sans doute été l’étape la plus logique après la clôture de L’Ascension des Skywalkers il y a sept ans déjà, ne dit pas autre chose : incapable d’apporter sa propre pierre à l’édifice du mythe Star Wars, Disney semble se contenter d’en ronger les fondations…jusqu’à l’effondrement ?



