Cannes : L'Objet du délit, une comédie de clôture qui passe à côté
- Arthur Bouet
- il y a 52 minutes
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Rien ne va plus dans la production de l'opéra Les Noces de Figaro : le chef d'orchestre craint de voir son nom figurer sur une liste d'agresseurs, Chérubin est interprété par – horreur ! – une femme noire, la directrice de production s'est cassé la jambe, et la metteuse en scène est une influenceuse nunuche qui ne connait rien à l'art lyrique ! Pour son premier film réalisé depuis le décès de son acolyte de longue date Jean-Pierre Bacri, à qui le film est dédié, Agnès Jaoui entend faire la radiographie de l'époque, près de dix ans après le début du mouvement #MeToo, ramassée dans ce microcosme que constitue cette troupe de cantateur·ices et affilié·es.

Pour y parvenir, la cinéaste dispose d'une arme redoutable qu'elle maîtrise à la perfection : l'humour. Jaoui aborde les pires travers de notre temps – le racisme, le sexisme ordinaire, les abus de pouvoir – avec pour objectif d'en produire la satire cathartique. Comme c'est souvent le cas avec ses films, L'Objet du délit se distingue par un art des dialogues et un goût pour les situations conflictuelles qui s'enlisent. Au rang des meilleures scènes : un quiproquo qui vire au malaise, lorsqu'une cantatrice blanche se confond en excuse d'avoir spontanément imaginé sa congénère noire dans le rôle de la bonne, au point d'en arriver à affirmer trouver celui-ci « très bien, même pour une blanche. »
Dirigé·es par une réalisatrice et comédienne de talent, les acteur·ices témoignent d'un plaisir communicatif à la raillerie : Daniel Auteuil, en parangon de la médiocrité masculine, Claire Chust, en godiche obsédée du safe space, le toujours excellent Jean-Luc Couchard, en phallocrate teigneux et colérique.

Hélas, Jaoui manque sa cible lorsqu'elle adresse le sujet autour duquel se noue l'intrigue : les comportements à adopter face aux violences sexuelles dans le milieu du spectacle. La cinéaste a beau jeu de montrer patte blanche en situant son personnage – et donc elle-même – du côté de la génération du droit d'importuner. Elle pêche néanmoins par manque de courage en présentant explicitement les réactions des jeunes femmes scandalisées comme disproportionnées face à un geste qui, clairement, n'a rien d'une agression. Dès lors, l'énergie dépensée à obtenir réparation n'a pour effet que de couvrir ces personnages hystérisés de ridicule.
À cet endroit, le film se trouve dans une impasse politique qui consiste à promouvoir un progressisme sans excès, une indignation sans révolution. Jaoui ne semble alors plus très bien savoir quoi raconter, sinon sa propre confusion face à l'époque, qui trouve un écho ironique dans un running-gag autour de colonnes en forme de bites – « ou qu'on les mette, ça dérange ! »
Avec Daniel Auteuil, Eye Haidara, Agnès Jaoui, Claire Chust. France, 133 minutes.



