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Berlinale: Good Luck, Have Fun, Don’t Die

Dernière mise à jour : il y a 13 heures

Entre deux films d’art et essais européens aux sujets brûlants, la Berlinale s’autorise parfois un petit pas de côté dans sa programmation avec un divertissement hollywoodien. Après Mickey 17 l’année dernière, c’est Good Luck, Have Fun, Don’t Die de Gore Verbinski qui semble dévolu à ce rôle pour cette édition. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on risque de s’en souvenir.


@ Constantin Film Distribution GmbH
@ Constantin Film Distribution GmbH

Pour beaucoup, Gore Verbinski demeure avant tout le cinéaste derrière la méga-franchise Pirates des Caraïbes, dont il a signé les trois premiers (et meilleurs) opus. Pourtant, à bien y regarder, la saga rocambolesque avec Johnny Depp fait presque figure d’anomalie au sein de sa filmographie, la plupart de ses autres films n’ayant pas connu un destin commercial et critique aussi flamboyant. Il faut dire que le goût du cinéaste pour l’humour noir, la comédie visuelle et une indéniable propension à la cruauté - faut-il rappeler que Pirates 3 s’ouvrait sur la pendaison de jeunes enfants ? - tranche avec les habitudes du cinéma hollywoodien. Trop bizarres, trop sombres, trop loufoques : ni le blockbuster Lone Ranger, ni la fable néo-gothique A Cure for Life n’ont trouvé leur public, malgré parfois un succès d’estime. Un désamour qui justifie sans nul doute la longue absence de Verbinski sur nos écrans - A Cure for Life date d’il y a presque dix ans et fut l’un de ses plus violents échecs. 


Qu’à cela ne tienne, le réalisateur étasunien est enfin de retour et n’a visiblement pas adouci son style. Encore plus étrange, inclassable et noir que ses précédents essais, Good Luck, Have Fun, Don’t Die est une nouvelle curiosité, complètement foutraque mais généreuse, qui poursuit une certaine idée du cinéma de divertissement loin des conventions dominantes. 


@ Constantin Film Distribution GmbH
@ Constantin Film Distribution GmbH

Tout commence lorsque Sam Rockwell - son personnage n’est pas nommé - débarque dans un diner étasunien vêtu d’une combinaison torsadée de câbles électriques et muni d’une bombe à retardement. Devant la panique générale, il tente de rassurer les clients : il n’est pas là pour braquer qui que ce soit, mais pour recruter une équipe vouée à combattre une I.A. dont l’ascension est prévue cette nuit. Accessoirement, il précise qu’il vient d’un futur apocalyptique et que c’est la 117ème fois qu’il tente sa chance dans ce diner. Pourquoi à cet endroit ? Parce que selon ses calculs, c’est ici que se trouve la bonne combinaison de personnes capables de stopper la singularité technologique imminente. N’importe quoi, oui. 


Complètement azimutée,  cette introduction in media res renoue pourtant avec la virtuosité de la mise en scène de Verbinski. Sam Rockwell virevolte, saute sur une table, glisse dessous, balance assiettes et mugs dans un ballet loufoque qui fait forcément penser à la gestuelle cartoonesque et jubilatoire de Jack Sparrow. Mais le film ne s’arrête pas là : très vite, il apparaît que ce récit en temps réel de lutte contre l’IA va être interrompu par de longs flashbacks sur chaque membre de l’équipe, précisant le rapport douloureux à la technologie de chacun. 


@ Constantin Film Distribution GmbH
@ Constantin Film Distribution GmbH

Là, Good Luck lâche définitivement les chevaux. Personnage littéralement allergique au Wi-Fi, parents désespérés clonant encore et encore leurs enfants morts dans les fusillades scolaires, scrolling tik-tok qui prend des airs de flux terrifiant et monstrueux : le film se mue en une collection de sketchs de Black Mirror joyeusement saupoudrés de kétamine. Évidemment, le trait est épais, et le scénario n’évite pas l’écueil du réquisitoire un peu facile contre la technologie - on est effectivement pas très loin du “film de boomer”. Pourtant, Good Luck pousse tellement loin les curseurs de la satire, et semble nourri d’une angoisse si sincère de la part de ses créateurs, qu’un indéniable sentiment de malaise naît au cours du visionnage.


Drôle, noire et paranoïaque, cette proposition entre Terminator et Rick et Morty a ses limites. À trop partir dans tous les sens, le long-métrage semble parfois préférer son univers à ses personnages, dont seuls ceux de Sam Rockwell et Haley Lu Richardson surnagent. De la même manière, la générosité de Verbinski se retourne parfois contre lui, que ce soit dans des effets de style moins glorieux, ou dans son triple climax proprement interminable. Des défauts finalement symptomatiques de son œuvre en général, que l’on retrouvait déjà dans ses meilleurs films. Il n’empêche qu’il y a de la fougue, de l’ambition, de l’identité dans Good Luck, Have Fun, Don’t Die. On en ressort lessivé et un peu perplexe, mais aussi curieux à l’égard de la suite de la carrière de son auteur. En espérant ne pas devoir attendre dix ans cette fois-ci.



Avec Sam Rockwell, Haley Lu Richardson, Juno Temple. 134 minutes. États-Unis.


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