Vincent Munier sur Le Chant des forêts : « Laissez-nous cette beauté ! »
- Adrien Corbeel

- il y a 16 heures
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Après nous avoir emmené au Tibet avec la Panthère des Neiges, le réalisateur et photographe animalier Vincent Munier nous fait découvrir sa région natale, les Vosges. À travers un récit croisé entre son père, son fils et lui-même, il nous invite à regarder la nature d'un autre œil. Rencontre.

Comme La Panthère des Neiges, Le Chant des forêts nous propose de magnifiques images de la nature. Mais le film attire aussi notre attention sur les sons qu'on peut y entendre. Est-ce que c’est quelque chose auquel vous avez été particulièrement attentif ?
Oui, on avait une envie de vraiment donner une grande part aux sons et aux acteurs de la forêt. Il y a les échanges entre mon père, mon fils et moi, mais on est plus discrets. On laisse beaucoup de place aux sons des animaux. La dimension sonore est beaucoup plus forte. Depuis une dizaine d'années, j'enregistre des sons en posant des micros un peu partout, j'adore ça !
Est-ce que ça fait 10 ans que vous préparez le film ?
Non, ce sont des choses que j'ai accumulées avec les années. J'ai une méthode de travail un peu particulière, parce que j'ai toujours du mal à être très professionnel. C'est la lumière qui me guide, ce sont les bêtes. C'est mon quotidien depuis tout gamin. J'habite dans une ferme avec la forêt tout autour, et j'ai encore tous mes affûts de l'époque. Et avec mon travail de photographe, c'est pareil. Après La Panthère des Neiges, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose de tout ça, et raconter une histoire.

L'histoire du Chant de la forêt se tisse autour de vous, de votre fils, et de votre père, qui était naturaliste. On sent que vous attachez énormément à sa vision du monde.
J'ai eu une chance énorme de grandir avec une famille comme celle-là. Mon père, je voulais absolument partager tout son savoir. Je lui avais dit « tu ne seras qu'une ombre ! » dans le film. Et en fait...il est beaucoup plus que ça (rires) ! Il était surpris en découvrant le film, mais il n'était pas fâché. Il a mené un combat écologique toute sa vie, donc l'essentiel c'est que les messages passent.
Votre fils Simon figure aussi de manière proéminente. On sent chez lui une vraie curiosité, une envie de marcher dans vos pas.
Quand on a tourné, il avait ce regard de gamin émerveillé. Je suis très content d'avoir saisi ce moment dans le temps. En amenant cette histoire de transmission à travers lui, on ouvre le spectre des spectateurs. Les enfants ont la possibilité de se projeter dans le film. On a essayé de le faire de manière très naturelle : rien n'était écrit, c'était très spontané. C'est au montage qu'on a choisi les choses et qu'on a construit ce récit.

La musique du film donne quelque chose de mystique au film.
La forêt a un côté un peu sacré. C'est un peu comme quand on rentre dans une cathédrale, il y a quand même ces grands piliers géants, ce silence qui a quelque chose de monumental. J'aimerais qu'on ait le même respect pour la forêt qu'on pour les églises, nos grosses cathédrales, etc.
Il y a cette majesté à la forêt, mais vous gardez votre œil aussi sur les petites choses qui peuvent l'habiter.
Oui, il faut se méfier, ne pas se concentrer uniquement sur les espèces phares et emblématiques. Comment est-ce qu'on casse cette hiérarchie ? Dans le générique de fin, il y a un petit clin d'œil où je mets tout le monde au même niveau : bêtes, homme, insectes. C'est ce que perçoit mon père : pendant plus de 50 ans, il a essayé de protéger le Grand Tétras, qui finalement disparaît. Et c'est triste, mais il y a encore toute cette forêt qui reste. Et il faut œuvrer pour la préserver.

Le Chant des forêts est plus explicite que La Panthère des neiges sur les questions écologiques.
Il a de quoi être un peu désillusionné parfois, on ne sait pas trop où on va. C'est fou comme notre espèce grignote sur l'espace de toutes les autres. On est dans le rendement, la croissance, le capitalisme. Il y a de moins en moins de place pour la poésie et le contemplatif dans nos sociétés. Je trouve ça assez fou tout ce qu'on nous impose comme horreur, tant au niveau politique que médiatique. Ce film, c'est presque une espèce de résistance. Laissez-nous cette beauté là, quoi !
Est-ce que vous pensez que le cinéma peut changer les choses ? Est-ce qu'un film peut avoir une incidence sur le comportement des spectateurs ?
Il y a des gens qui après avoir vu le film me disent « Ah c'est magnifique », et puis passent à autre chose. Mais j'ai rencontré des personnes qui m'ont dit « Quand je vais en forêt, je suis différent. Je suis beaucoup plus attentif à tout ce qu'il y a autour». Je ne sais pas quel impact peut vraiment avoir le cinéma. Avec ce film on va passer la barre du million de spectateurs [NDLR : Au 28 janvier, le film a réuni 989 185 spectateurs en France]. C'est énorme pour un documentaire. Et c'est encourageant : ça veut dire que nous ne sommes pas tout seuls à être sensibles à la nature.



