Chien 51 : ni le polar efficace ni le film de science-fiction alarmant qu’il a l’ambition d’être
- Simon Lionnet
- 13 oct.
- 2 min de lecture

Propulsé en une grosse décennie comme l’un des porte-étendards du cinéma de divertissement made in France, Cédric Jimenez s’essaye au récit d’anticipation mais peine à marquer son territoire.
Ambitieux projet d’adaptation du roman éponyme de Laurent Gaudé à plus de 40 millions d’euros, Chien 51 nous envoie en 2049 dans un Paris futuriste divisé en trois zones cloisonnant les habitants selon leur classe sociale. Dans cette société profondément inégalitaire, régie par la surveillance de masse et un système policier autoritaire dépendant à ALMA, une intelligence artificielle censée éradiquer la criminalité, Zem (Gilles Lellouche) et Salia (Adèle Exarchopoulos) deux flics de deux zones différentes, vont devoir collaborer pour élucider le meurtre du créateur de cette IA.

À partir de ce sujet (pas forcément original, entendons-nous) qui pouvait dresser un portrait à charge contre les dérives autoritaires que connaît actuellement l’Hexagone, Jimenez retrouve les thèmes qu’il affectionne depuis le début de sa filmographie, comme l’individu contre le système (Aux yeux de tous, BAC Nord), la surveillance de masse (Novembre), la corruption et la quête sacrificielle pour la vérité (La French). Dans sa vision d’un Paris futuriste, le réalisateur tente de donner de la crédibilité à son univers: les pauvres de la zone 3 n’ont comme unique chance de grimper l'ascenseur social que de gagner à un jeu télévisé appelé Destiny; les scans des visages des citoyens par la police laissent apparaître la régularité ou non de leur statut; des sectes religieuses qui ne répondent pas aux injonctions liberticides de l’Etat s’installent en pleine ville, etc.
On peut reconnaître à Cédric Jimenez un sens du rythme qui irrigue l’ensemble de sa filmographie mais dès qu’il s’agit de proposer une vision singulière des genres qu’il s’approprie, le cinéaste rate régulièrement le coche et Chien 51 ne déroge malheureusement pas à la règle. Le souci encore une fois, c’est que Jimenez ne creuse jamais complètement les problèmes qu’il esquisse. Alors oui, on voit ici et là les influences visuelles et thématiques de Minority Report, Les Fils de l’homme ou Blade Runner, mais au-delà de la citation, l’environnement dans lequel Chien 51 fait évoluer ses personnages est tristement impersonnel et balisé.

Couplé à la mollesse d’une enquête policière cousue de fils blancs, une poignée de scènes involontairement ridicules (Louis Garrel, messianique en gourou anti-IA d’une organisation subtilement appelée “Break Walls”; la scène de karaoké entre Lellouche et Exarchopoulos ou encore les interventions télévisées totalement ratées d’un ministre de l’intérieur campé par un Romain Duris peu convaincant) et un retournement de situation final qu’on pourrait qualifier de politiquement lâche, Chien 51 n’est ni le polar efficace ni le film de science-fiction alarmant qu’il a l’ambition d’être. Ça se regarde sans profond déplaisir mais avec une telle absence de propos, on reste en chien.
Avec Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos, Louis Garrel, Romain Duris. France, 100 minutes.



