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Critique de La Chimera

La poésie des fantômes


Nous avançons chacun·e en compagnie de fantômes, ceux des membres de nos familles disparus, ceux des amours perdues. La réalisatrice italienne Alice Rohrwacher semble particulièrement sensible à ces présences spectrales dont elle fait le thème central de La Chimera. Avec un brio frisant le sublime, elle met en scène Arthur (Josh O’Connor) et sa bande de pilleurs de tombes étrusques, dont la trajectoire percute celle de la débrouillarde Italia (magistrale Carol Duarte). Leur petite histoire s’inscrit dans la grande, celle  d’une Italie déchirée entre les extrêmes, la richesse et la pauvreté, une tradition délaissée et une modernité dévorante.


Si le récit d’une relation presque impossible entre un personnage mélancolique et une jeune mère forte n’a rien d’original, c’est le mélange entre le réalisme social et le fantastique qui donne à La Chimera son aura étrange et fascinante. La réalisation de Rohrwacher ne cesse d’impressionner, aussi bien par ses changements de registres, passant de la comédie à la critique sociale ou encore la fable féministe, que par la manière dont elle manifeste les « pouvoirs » d’Arthur, en utilisant des effets presque expérimentaux (inversion de l’image, jeu subitement burlesque et métaphorique des autres acteur·ices). Le travail parfois vertigineux de la directrice photo Hélène Louvart doit aussi être mentionné.


Des fantômes, il y en avait déjà quelques-uns dans le précédent long-métrage de la réalisatrice, l’excellent Heureux comme Lazzaro (2018). Mais La Chimera voyage avec plus de justesse encore dans cette superposition de l’intime et du social, de la tendresse des êtres et de la beauté du temps incarnée par les lieux. Il décrit le monde comme un sac de nœuds, où les contradictions sont fécondes et nouent les identités. Proposition d’une ambition folle et poétique, c’est déjà un des meilleurs films de l’année.



RÉALISÉ PAR : ALICE ROHRWACHER

AVEC : JOSH O’CONNOR, CAROL DUARTE, ISABELLA ROSSELLINI

PAYS : ITALIE, SUISSE, FRANCE

SORTIE : 3 AVRIL

DURÉE : 132 MINUTES


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