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Critique de The Devils : La ressortie blasphématoire à ne pas rater

il y a 4 heures
2 min de lecture

Cinéaste ayant fait ses classes à la télévision dans les années 1960, réalisant pour la BBC une poignée de documentaires consacrés à des artistes (Gaudi, Debussy, Strauss), Ken Russell est la preuve que le cinéma britannique ne saurait se limiter au réalisme social auquel on le cantonne bien souvent. Sujets brûlants, mise en scène baroque et performances outrées : le réalisateur assume un goût pour la subversion flamboyante dont The Devils, son second long-métrage initialement sorti en 1971, est le meilleur exemple.


En se focalisant sur la cabbale bien réelle orchestrée par le Cardinal Richelieu en 1633 contre le prêtre Urbain Grandier, accusé de pactiser avec le Diable et de corrompre l’esprit de ses fidèles, Russell signe un brûlot déchaîné contre le dogmatisme et la répression des désirs. Lui-même fervent catholique, le cinéaste n’en demeure pas moins à l’époque un jeune homme perméable aux aspirations libertaires des années 1960. Son personnage de prêtre en est le pur produit, alliant sans contradiction personnelle sa dévotion à Dieu et son goût pour les plaisirs de la chair.


Le Britannique souligne la sensualité de l’ecclésiastique en insistant sur sa dimension terrestre – il sue, pleure et saigne –, et fait de Grandier une véritable rock star adulée par ses groupies : à son passage dans la rue qui borde leur couvent, les nonnes s’agglutinent aux barreaux de leur cellule et se laissent aller à leurs fantasmes les plus impurs. L’énergie sexuelle du prêtre est telle qu’elle s’étend à l’échelle du film tout entier, qui transpire le stupre par tous les pores de sa pellicule et menace constamment d’exploser aux visages de ses spectateur·ices.


The Devils
The Devils ©Warner Bros

Classé X à sa sortie en Grande Bretagne et aux États-Unis, The Devils n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de brocarder ses cibles. Le complot ourdi de concert par l’Église et l’État pour faire tomber le prêtre insubordonné tourne rapidement à la farce orgiaque : soumises à un exorcisme fantoche, les sœurs se livrent à une pantomime obscène qui culmine en une masturbation collective frénétique sur un gigantesque crucifix. Cette scène anthologique, qui bénéficie dans cette version restaurée de plans supplémentaires inédits, cristallise à elle-seule l’extravagance insensée du film.


Musique dissonnante, zooms dramatiques et montage cut s’harmonisent dans une grande messe expressionniste qui retourne la violence des puissants contre-elle même en révélant son envers grotesque, idiot et pathétique. Ce cinéma du trop-plein s'incarne également dans un impressionnant travail sur les décors baroques et futuristes imaginés par Derek Jarman dans les mythiques studios Pinewood, écrin monumental nécessaire à ce grand cirque sensoriel du chaos. Maximaliste, hilarante, épuisante : la parabole politique de Ken Russel déborde ainsi largement le cadre historique du récit pour venir souffler sur notre époque un vent contestataire réjouissant et bienvenu, et demeure, encore aujourd’hui,  un rêve de cinéma fiévreux inégalé. 




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