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Critique : La femme de Tchaikovski, Kirill Serebrennikov

Valse macabre

© Imagine Film Distribution

« En janvier apparut une femme, presque une ombre, dont [Tchaïkovski] devint le dieu. » Ainsi l’écrivaine russe Nina Berberova introduit-elle la relation particulièrement houleuse entre la jeune noble désargentée Antonina Milioukova et le compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski. Histoire d’un amour complètement asymétrique, d’un mariage de connivence pour dissimuler l’homosexualité de l’artiste, d’une folie qui va croissant et finira par ronger complètement la jeune femme. Rarement un film a été plus morbide et plus étouffant que La Femme de Tchaïkovski. Le cinéaste Kirill Serebrennikov subvertit les règles du biopic, fixant sa narration dans la psyché de Milioukova, à la fois dévote, exaltée, transie par des émotions imaginaires.

Dès la première scène, le réalisateur montre toute l’étendue de sa maestria : un long plan séquence, des plans zénithaux et une touche hallucinatoire qui fait se questionner le public pendant tout le long-métrage : ce que je vois est-il bien réel ? Un effet renforcé par une technique particulièrement troublante : des scènes non-coupées qui se prolongent dans des transitions temporelles impossibles (passant par exemple du jour à la nuit en un mouvement de caméra ininterrompu).

La musique, comme on pouvait s’y attendre, est grandiose, mais elle habille un ballet de fantômes, de personnages bien vivants mais qui sont déjà des cadavres. La Femme de Tchaïkovski n’est pas un film aimable, c’est une proposition fascinante, parfois terrifiante, cherchant d’abord à jeter son audience dans un gouffre sans fond. Sombre et superbe, il dit sans doute quelque chose de la Russie d’aujourd’hui, et c’est funèbre.



RÉALISÉ PAR : KIRILL SEREBRENNIKOV

AVEC : ALIONA MIKHAÏLOVA, ODIN BIRON, FILIPP AVDEÏEV

PAYS : RUSSIE, FRANCE, SUISSE

DURÉE : 143 MINUTES

SORTIE : LE 5 AVRIL


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