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Berlinale : Truly Naked, l’apprentissage du désir

Pour son premier long-métrage, Truly Naked, sélectionné à la Berlinale dans la compétition Perspectives, Muriel d'Ansembourg nous plonge dans un family business inattendu, celui de la pornographie.


 © DoP Myrthe Mosterman
 © DoP Myrthe Mosterman

 “Quand je fais un film, l’idée me vient d’abord par une image. C’est presque comme rêver en plein jour”, explique la Belge Muriel d'Ansembourg, qui présente son premier long-métrage à la Berlinale. Cette image, c’est celle d’une scène pornographique filmée en caméra portée. L’objectif descend, et on découvre un adolescent derrière la caméra. Les questions affluent : “Et puis je me suis dit : et s’il filmait ses parents ?”



Truly Naked suit Alec, jeune garçon introverti élevé dans l’univers du petit business pornographique de son père, auquel il doit prendre part pour ramener suffisamment d’argent. Sa rencontre avec Nina, une camarade d’école, agit comme un révélateur. À travers elle, il découvre une autre manière d’envisager le désir et l’intimité.


Pour la réalisatrice, le film ne porte pas sur la pornographie en tant que telle, mais sur la construction identitaire. “C’est un film sur des gens qui cherchent une vraie connexion. Peu importe la famille dans laquelle on est né, on cherche à créer un lien authentique avec quelqu’un. La pornographie constitue le point de départ à partir duquel le personnage peut évoluer. “Beaucoup de jeunes m’ont dit qu’ils avaient appris le sexe à travers le porno. Ce qui m’intéressait était d’intensifier la réflexion en rendant la situation plus personnelle qu’un simple visionnage d’images. En filmant son père, Alec observe directement la figure qui structure son apprentissage du monde.


 © DoP Myrthe Mosterman
© DoP Myrthe Mosterman

La relation entre le père et le fils est centrale. Le père, veuf, affiche une grande liberté vis-à-vis de la nudité et du sexe, ce qui désamorce tout tabou. “Il est très mauvais avec les frontières, le fait de poser des limites”, poursuit la cinéaste. Les deux personnages ont un lien complexe, affectueux, loyal, mais chargé d’un secret lourd à porter, dont on peut percevoir une dimension incestueuse. Muriel d’Ansembourg reconnaît le caractère inhabituel de la situation, tout en refusant de la qualifier elle-même. “Ce n’est pas à moi de décider du terme, il faudrait demander à un thérapeute. Mais ce n’est clairement pas très sain.” Elle insiste également sur la complexité morale de ses personnages. “Pour moi, il n’y a pas de méchants, seulement des mauvaises décisions.”


L’écriture du scénario s’est appuyée sur un important travail de recherche pour comprendre les codes et les ficelles de l’industrie. “À un moment, j’en avais tellement vu que je commençais à analyser le monde à travers ça. J’ai senti que c’était assez.” Cette expérience a renforcé sa conviction quant à l’impact potentiel de ces images sur des adolescents dont ce serait le premier contact avec la sexualité.


 © DoP Myrthe Mosterman
 © DoP Myrthe Mosterman

Elle a également tenu à caster une vraie actrice porno, Alessa Savage, qui a apporté de nombreux éclairages et aides à la cinéaste, afin d’éviter toute caricature. Il n’y a rien de sexy sur un tournage porno. Ça peut être ennuyeux, très pratique, très technique.” Dans le film, ces scènes sont montrées comme un travail répétitif, presque banal. Le jeune Alec n’y est pas présenté comme excité, mais comme intégré à une entreprise familiale. “Leur business, c’est le porno. Comme d’autres seraient boulangers”.


Compte tenu de la nature explicite de certaines scènes, la production a mis en place un cadre strict. Une coordinatrice d’intimité a accompagné les acteur·ices, avec un long document précisant les limites établies par chacune et chacun. “Même pour toucher une épaule, on demande le consentement et on réfléchit à la manière la plus respectueuse de le filmer”, précise la cinéaste. Elle insiste sur la possibilité, pour les interprètes, de revenir sur leurs décisions à tout moment. “Le consentement est très important, surtout dans un film où on parle de gens qui dépassent celui des autres.”


Fuck-a-Fan, Muriel d'Ansembourg, 2024  © Isabella Films, Scala Films
Fuck-a-Fan, Muriel d'Ansembourg, 2024  © Isabella Films, Scala Films

Formée (à la London Film School) à un cinéma naturaliste centré sur la performance, Muriel d’Ansembourg souhaitait néanmoins éviter une esthétique trop brute. "Mon but, c'était de conjuguer approche réaliste et créativité artistique. Je voulais quelque chose de très naturel, mais avec une certaine beauté dans l’image. La caméra portée renforce l’immersion, tandis que le travail sur la lumière et la composition donne aux scènes une dimension stylisée. Ce contraste visuel accompagne l’opposition entre les tournages pornographiques, filmés comme un travail mécanique, et les scènes plus intimes entre Alec et Nina, conçues comme un espace de découverte authentique.


Après plus de quinze ans de développement, Truly Naked trouve ainsi parfaitement sa place à la Berlinale dans la section Perspectives.


Avec Caolán O'Gorman, Andrew Howard, Alessa Savage, Safiya Benaddi, Lyndsey Marshal, 102 minutes. Netherlands, Belgium, France, 2026.



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