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Berlinale : Forêt Ivre, trois récits de femmes dans les montagnes

Un refuge en forêt, et trois femmes qui vont tour à tour s’en occuper : présenté dans la section Perspectives de la Berlinale, Forêt Ivre de Manon Coubia nous invite à une contemplation presque méditative sur le rapport à la nature et au temps.


Anne Coesens dans Forêt Ivre
Anne Coesens © The Blue Rain Coat

Un refuge perché sur les montagnes de Haute Savoie, parmi les moutons et les arbres : voilà l’endroit qu’a choisi Manon Coubia pour tourner son premier long-métrage Forêt Ivre. Entre la saison d’hiver et celle de l’été, trois femmes vont se succéder dans le rôle de gardiennes du lieu, accueillant les randonneurs et visiteurs de passage. Un rôle que la réalisatrice a elle-même endossé : « Je vis et travaille à Bruxelles depuis 20 ans, et la Haute Savoie, c’est le territoire de mon enfance. J'y retourne régulièrement, et j'ai été gardienne de ce refuge durant ces dix dernières années. J’y ai fait des rencontres que je n’aurais sans doute pas fait ailleurs » Un lieu particulier, qui depuis sa fondation au siècle dernier, a recueilli tous types de voyageurs et de récits - résistants du maquis, espèces animales désormais disparues, touristes de tous âges… 


Tourné entre 2023 et 2025, Forêt Ivre est un film qui prend son temps, sur le fond comme sur la forme, nous invitant à une contemplation presque méditative sur le rapport à la nature et aux époques. Dans cette ambiance calfeutrée, entre le brouhaha estival des touristes et le calme glacé de l’hiver, Manon Coubia a invité trois comédiennes à s’emparer du lieu : Salomé Richard (Pandore, Baden Baden), Anne Coesens (Pandore, Illégal, Duelles) et Aurélia Petit (Saint Omer, Bâtiment 5). « Je voulais raconter trois formes de solitude distinctes, voir comment chacune éprouve les saisons, le rapport à l’autre... J’avais déjà tourné avec Salomé et Aurélia, et j’avais envie de les retrouver. Quant à Anne, c’était une nouvelle rencontre. J’avais envie de partager cet espace avec elles – Anne est même venue garder le refuge avec moi durant l’été. » explique la réalisatrice.


Salomé Richard dans Forêt Ivre
Salomé Richard © The Blue Rain Coat

Trois femmes, un même lieu, trois trajectoires qui se mêlent donc sans se croiser. « C’était important qu’il y ait trois histoires distinctes, à trois moments différents, et que les récits résonnent entre eux. Les deux premières sont des saisonnières, enchainant les petit boulots dans une forme de précarité, la troisième est dans une solitude choisie, comme une forme de luxe - je voulais marquer cette distinction aussi. » Derrière l’apparente tranquillité du film, Manon Coubia aborde ainsi en filigrane des aspects politiques – sur la classe sociale, sur la nature qui change et disparaît, ou encore sur le fait d’être une femme dans cet endroit isolé.  


Quand on lui demande quel(le)s cinéastes ont nourri sa cinéphilie, la réalisatrice cite notamment Kelly Reichardt « non seulement pour son cinéma, mais aussi dans sa façon de défendre une forme de résistance dans sa manière de fabriquer les films », Nuri Bilge Ceylan « pour le rapport aux paysages et au territoire », ou encore Agnès Varda « pour son acharnement à défendre une pratique cinématographique sur le temps long. » 


Ce lundi, Forêt Ivre est descendu des sommets où il a été tourné pour aller à la rencontre du public festivalier de la Berlinale, où il est présenté dans la section Perspectives. « On ne s’attendait pas du tout à cette sélection ! Encore moins dans cette nouvelle section, qui donne une belle place aux premiers longs-métrages » se réjouit la réalisatrice, qui sera au festival pour la première fois. « Le film s’est fait en dehors de cet aspect de l’industrie, donc on est d’autant plus ravis qu’il existe aussi à cet endroit-là, celui d’un grand festival, et il en aura besoin. La Berlinale va permettre qu’il trouve sa place. » La dernière partie du film se déroule en hiver, avec des paysages enneigés, et la neige est aussi de la partie dans la capitale allemande ce lundi : on peut dire que la boucle est bouclée. 


Aurélia Petit dans Forêt Ivre
Aurélia Petit © The Blue Rain Coat

Forêt Ivre de Manon Coubia. Avec Salomé Richard, Aurélia Petit, Anne Coesens, Yoann Zimmer. Durée : 1h42. Sortie à venir. 


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