Berlinale : Nightborn, le film d’horreur qui transforme la maternité en cauchemar
- Julien Del Percio
- il y a 24 heures
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Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Il y a quelque chose d’étonnant et de réjouissant de voir un film comme Nightborn (Yon Lapsi en finnois) concourir pour l’Ours d’Or. Étonnant, car avec son humour noir, ses saillies gores grand-guignol et son pitch improbable, le long-métrage semble davantage taillé pour le BIFFF ou Gérardmer (où la cinéaste avait remporté le Grand Prix il y a quatre ans d'ailleurs) que pour la Berlinale. Réjouissant, parce qu’au final, il n’y a pas de raison que de tels films soient privés d’un tel prestige.
Second film d’Hanna Bergholm, Nightborn suit Saga (Seidi Haarla) et Jon (Rupert Grint), jeune couple anglo-finlandais qui décide de déménager dans la maison d’enfance de Saga, située au cœur de la forêt finlandaise, afin d’y fonder une famille. Alors que Saga accouche de son premier enfant, Kuura, il apparaît bien vite que quelque chose cloche avec le nouveau-né dont la laideur repoussante et l’agressivité étonnante empêchent la jeune mère d’aimer son enfant, qu’elle juge malveillant et anormal, alors que tout son entourage semble s'accommoder de la situation. Peut-être que tout ceci a un rapport avec les étranges arbres qui entourent la maison, comme si des forces supérieures et maléfiques avaient maudit la conception du bébé…
Derrière son imagerie de folk-horror et ses traits d’humour noir - la mise en scène joue beaucoup de la stature à la fois menaçante et grotesque du bébé difforme (Nightborn déploie une parabole assez réussie sur la dépression post-partum et l’isolement que peuvent ressentir les jeunes mères face à leur premier né. Impactée par la grossesse, blessée par l'allaitement barbare que lui impose le bébé)qui n’hésite pas à se servir de ses dents…- et en même temps, incapable de se séparer de cet enfant qu’elle ne parvient pas à aimer, Saga vit un vrai chemin de croix que personne - et surtout pas son mari - ne semble comprendre.
La métaphore est parfois trop évidente, dans la mesure où chaque péripétie trouve une résonance symbolique avec la thématique, ce qui donne parfois au film des airs de manuel de scénario (trop) scrupuleusement suivi. Il n’empêche que le cheminement de Saga, qui trouve peu à peu une manière à elle d’éduquer son monstrueux fils, s’éloignant par la même occasion de l’image d'Epinal de la famille parfaite, permet à Nightborn de se hisser fugacement au-delà de son cadre de série B d’horreur, jusqu’à émouvoir.
Avec Seidi Haarla, Rupert Grint. 92 minutes. Finlande, Lituanie, France, Royaume-Uni.
