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Critique de Origin

Dernière mise à jour : 31 mars

Guérir du passé

© Atsushi Nishijima

Quel est le point commun le plus pertinent entre les systèmes d’oppression dont ont été victimes les afro-américains, les juifs allemands et les dalits indiens ? Le racisme ? Ou l’organisation d’une population en différentes castes ?


Avant de répondre à ces questions, la scénariste, réalisatrice et productrice Ava DuVernay nous cueille avec émotion durant les premières minutes du long-métrage Origin basé sur le livre d’enquête journalistique d’Isabel Wilkerson titré Caste : l’origine de ce qui nous divise


Le film s’ouvre sur les dernières minutes de vie de Trayvon Martin avant qu’il ne soit tué par George Zimmerman le 26 février 2012. Une des particularités de cette retentissante injustice est qu’un innocent garçon noir a été tué par un homme latino qui s’était donné comme mission de sécuriser un quartier blanc. Le racisme comme grille de lecture ne suffit pas à la journaliste pour analyser le contexte de cette dramatique nuit, elle va chercher d’autres outils de compréhension. Quelques scènes plus loin, une conversation sur la Shoah renforce sa nécessité de mener à bien ses recherches. 


Avec intelligence et créativité, Ava DuVernay transforme en œuvre de fiction la vie privée mais aussi le travail d’investigation de la première journaliste afro-américaine à remporter un prix Pulitzer. En effet, elle réussit à éviter le piège d’un film purement intellectuel tout en ne simplifiant pas son sujet, à savoir l’intersectionnalité des causes qui font que dans plusieurs régions du monde et de tout temps, un groupe de personnes décide et parvient à déshumaniser un autre. Voilà le plus grand défi relevé devant et derrière la caméra par la cinéaste et son équipe. 


Que nous soyons très au courant ou pas des contextes socio-politiques qui ont donné naissance aux pires discriminations identitaires dans les États-Unis actuels, dans l’Allemagne nazi d’Adolf Hitler ou dans la division en castes chez les hindous ; l’indispensable lien entre ces trois différentes réalités est établi grâce à une narration alternant récits linéaires et utilisations de flashbacks illustrant le propos.  Ce que l’enquête journalistique du personnage principal, admirablement incarné par Aunjanue Ellis-Taylor, nous fait vivre et comprendre émotionnellement est que : presque tout est perdu lorsque nous arrêtons consciemment ou inconsciemment de voir l’autre comme une personne appartenant pleinement à la même famille humaine que la nôtre. Le passé et le présent sont malheureusement remplis des pires crimes contre l’humanité lorsque nous ne reconnaissons pas à un peuple les mêmes droits et aspirations qu’à nous-mêmes. 


Durant les 141 minutes d’Origin, les relations amoureuses, amicales et familiales nous font beaucoup de bien. Ainsi, des premiers instants du film au générique de fin, le charmant couple mixte composé par notre protagoniste Isabel, une femme noire, et son mari Brett, un homme blanc, interprété avec une belle sensibilité par Jon Bernthal, nous imprègne de leur authentique amour et de l’acceptation sans naïveté de leurs différences. 


Dans diverses interviews, Ava DuVernay s’est confiée sur les avantages et les inconvénients du projet, produit hors du circuit des studios hollywoodiens. Ayant assumé de multiples responsabilités dans l’existence de ce long-métrage, elle a pu gagner la confiance d’Isabel Wilkerson, qui lui a permis d’utiliser dans sa dramaturgie certaines des expériences les plus tristes de sa vie privée. La cinéaste aborde ces événements personnels mais également les autres moments du film avec une inspirante liberté artistique. Apportant régulièrement une dimension poétique à un sujet difficile à discuter à cause de ses vastes ramifications traumatisantes pour notre genre humain. 


RÉALISÉ PAR : AVA DUVERNAY

AVEC : AUNJANUE ELLIS-TAYLOR, JON BERNTHAL, VERA FARMIGA, NIECY NASH

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 141 MINUTES

SORTIE : LE 27 MARS

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