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Critique : Perfect Days de Wim Wenders

La poésie du quotidien

© MASTER MIND Ltd

Grand cinéaste de la déambulation, Wim Wenders (Paris, Texas, Les Ailes du désir) a aussi connu des errances. Cette année pourtant, il signe un double retour en grâce avec d’une part, Anselm, un documentaire en 3D sur l’artiste plasticien contemporain Anselm Kiefer, et de l’autre, Perfect Days, une fiction poétique.


Du quotidien de Hirayama (Kōji Yakusho), un modeste employé méthodique qui nettoie les toilettes publiques de Tokyo comme si chaque sanitaire était sacré, le réalisateur allemand extrait une contemplation de l’existence – dédiée à l’ouvrage bien exécuté et libérée des injonctions actuelles à la réussite matérialiste. De concert, la caméra de Wim Wenders et la lumière de Franz Lustig magnifient l’architecture des lieux à mesure que les gestes du travailleur quinquagénaire acquièrent une dimension supérieure.


La ritualisation s’étend à la sphère intime où Hirayama s’est construit un équilibre fondé sur des habitudes rassurantes. Chaque jour, il mange la même chose, au même endroit et il se rend dans les mêmes bains publics. Ainsi orchestré, le présent devient moins imprévisible, et Hirayama peut se réfugier dans une philosophie d’esthète tourné vers un passé indistinct : il photographie la nature sur pellicule, lit des classiques et écoute du rock (dont la chanson Perfect Day de Lou Reed qui a inspiré le titre du film) sur cassettes au gré de ses traversées de l’arrondissement de Shibuya.


L'irruption d'autrui (son collègue et sa petite-amie, sa nièce fugueuse) vient rompre la méditation répétitive du protagoniste qui, loin d'être misanthrope, se révèle furtivement dans ces points de rupture. Ses origines bourgeoises reniées et ses blessures d’antan que l’on devine sur le visage majestueux de Kōji Yakusho — récompensé comme une évidence par le prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes — ont fait de Hirayama un homme qui se réinvente dans la promesse évanescente du jour, à la fois identique et nouveau.


RÉALISÉ PAR : WIM WENDERS

AVEC : KŌJI YAKUSHO, TOKIO EMOTO et ARISA NAKANO

PAYS : JAPON, ALLEMAGNE

DURÉE : 123 MINUTES

SORTIE : LE 29 NOVEMBRE

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