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Dans les coulisses de Panique au village : “Cowboy et Indien, ils sont un peu comme nous !”

Fleuron de l’animation belge, Panique au village ravit petits et grands amateurs d’humour décalé et de stop-motion électrique depuis près de quarante ans. Actuellement en tournage de leur prochain épisode Le Trésor, les studios Panique nous ont ouvert leurs portes le temps d’une visite passionnante, en présence des équipes.



Connaissez-vous Cowboy, Indien et Cheval ? Derrière ce trio, né sur les bancs de La Cambre à la fin des années 1980, il y a le génial duo Vincent Patar et Stéphane Aubier. De réalisateurs en herbe s’amusant et expérimentant avec des jouets, ils sont devenus des cinéastes accomplis, à la tête d’une joyeuse bande d’animateur·ices et de technicien·nes plus déjanté·es les un·es que les autres.  


Il faut une sacré équipe côté technique, pour donner vie à la stop motion de ces films. L’animation image par image chez Panique fonctionne selon un procédé particulier, celui de la substitution. Au lieu de déformer une marionnette millimètre par millimètre pour créer l’illusion du mouvement (Sauvages de Claude Barras, ou les productions Wallace et Gromit du studio Aardman), ce sont des dizaines, voire des centaines de figurines du même personnage qui sont déplacées, remplacées, triturées. Un procédé plus “facile” (toutes proportions gardées) et qui donne à Panique au village son rythme surexcité et son style unique. 

Ce sont les expressions des corps, les mouvements et les mimiques qui donnent vie à nos personnages”, confient les réalisateurs. “À la manière des films de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton, c’est d’abord cette expressivité qui parle. Chaplin, avec son inventivité, ses idées incroyables, son humour visuel et la force de ses images, c’est une référence évidente pour nous.” 



Cette comédie slapstick, intemporelle, universelle et joyeusement belge à la fois (grâce aux voix de Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, mais aussi Jeanne Balibar, Wim Willaert, Ben Ellison ainsi que Patar et Aubier eux-mêmes) a fait ses débuts sur le petit écran en 2001, avant un premier long métrage en 2009, suivi lui-même de plusieurs moyens métrages en 2013 (La bûche de Noël), 2016 (La rentrée des classes), 2019 (La foire agricole) et 2021 (Les grandes vacances). C’est donc le cinquième de cette série que les équipes de Panique tournent aujourd’hui, nichés dans de discrets et pourtant vastes studios éphémères à Uccle. 


Le pitch de cette nouvelle aventure ? Cette fois, Cowboy et Indien ont réussi à atteindre le camping qu’ils cherchaient à rejoindre dans Les grandes vacances. Curieux, ils vont explorer l’île des Barracudas, et y découvrir une mystérieuse carte, cachée dans les poches de vieux vêtements de pirates. Une chasse au trésor s’engage, mais comme toujours avec le duo, rien ne se passe jamais comme prévu…


Nos histoires, nous les construisons à partir de situations étranges et étonnantes du quotidien, autour desquelles nous extrapolons”, explique le duo. “Que feraient Cowboy et Indien dans cette situation ? Et de là naissent les péripéties, au sein d’un univers que nous essayons d’enrichir à chaque nouveau récit. Pour ce film, nous avions envie d’inscrire l’histoire dans la suite directe des grandes vacances. Le lac, l’île aux pirates, c’est l’occasion de proposer des décors sous-marins, de l’aventure, tout en allant plus loin avec ces personnages que nous apprécions toujours autant aujourd’hui.



Aux côtés du duo et guidé par les producteurs Vincent Tavier et Hugo Deghilage, Surimpressions a pu découvrir les dessous du tournage, de l’élaboration des figurines à la construction des décors jusqu’à l’animation en elle-même et au compositing, étape essentielle de la postproduction. Un travail de titan pour un moyen métrage de 35 minutes, avec un budget de plus d’un million d’euros, où chaque élément est minutieusement réfléchi, dessiné et mis en mouvement pour susciter l’hilarité et l’émerveillement.

Car dans Panique au village, pensé pour être découvert sur grand écran, chaque détail compte. Sur base des croquis de Patar et Aubier, les équipes de fabrication créent moules, accessoires, et ustensiles divers et variés allant du réveil matin de deux centimètres à la voiture dans laquelle s’entasse nos héros, avant de s’élancer dans des décors faisant parfois plus de trois mètres de côté. 


Nous préparons l’épisode pendant neuf semaines avant le début du tournage”, explique Hugo Deghilage, producteur. “Le temps de préparer les personnages, restaurer les décors que nous stockons d’épisode en épisode, et de créer les nouveaux dont nous avons besoin pour ce récit. Ensuite, le tournage commence, pour une durée de dix semaines. Pendant que les animateur·ices s’activent sur les plateaux, les équipes de fabrication continuent, en coulisses, à produire les objets, figurines et structures nécessaires à l’animation.” 

Une animation trépidante, réalisée grâce à ces centaines de figurines toutes moulées et peintes à la main, qui reprennent toutes les postures que devront adopter tant les héros que les personnages secondaires, animaux et autres poissons bariolés. 



Ensuite, c’est par la magie de l’image par image et grâce aux mains expertes des animateur·ices que prend petit à petit vie cet univers. Avec des mouvements, des acrobaties et des cascades rendues possibles par les équipes de rigging, qui créent un par un les nombreux supports, bras mécaniques et autres éléments de sorte que ces héros de quelques centimètres de haut puissent sauter, bondir, ou trébucher avec ridicule, pour le bonheur des petits comme des grands enfants.


Ensuite, une fois que les images ont été capturées vient l’étape du compositing”, poursuit Hugo Deghilage. “C’est au cours de celle-ci que sont assemblées les différentes couches d’images, mais aussi que sont retirés les rigs des personnages pour créer cette magie du mouvement.” Une étape qui, selon les dires de l’équipe, peut durer entre quelques heures et plusieurs jours par plan, en fonction de la complexité du travail de retouche à exécuter.



Compliqué, l’animation en stop motion ? Peut-être, n’empêche que Patar et Aubier n’imaginent pas une seule seconde abandonner celle-ci au profit d’une animation 3D plus grand public aujourd’hui, mais pas forcément plus simple à produire.Lorsqu’on travaille en 3D”, explique le duo, “il faut des équipes beaucoup plus importantes, et de nombreuses machines pour arriver à tenir les cadences de production. Même si on ne tourne pas beaucoup d’épisodes, notre manière de travailler sur les Panique est plutôt efficace, et cela ne fonctionnerait pas en 3D. Nous avons besoin de dessiner, de manipuler. Cela dit, nous n’y sommes pas complètement opposés, mais il faudrait un projet qui en vaille vraiment la peine, avec une identité forte, et une véritable justification de l’utilisation de la 3D.


Déjà, la visite se termine, autour du plateau représentant le camping et le lac où jeunes et moins jeunes fans de Panique au village retrouveront bientôt leurs héros favoris. Ce qui ressort de cette matinée passée au cœur de ce tournage unique à bien des égards, c’est la passion qui anime (sans mauvais jeu de mots) chacune des personnes prenant part à cette aventure collective. Car l’animation, ici autant qu’ailleurs, prend vie grâce à la collaboration fructueuse d’artistes, de technicien·nes et d’amoureux·ses du médium tant que des histoires qu’il permet de raconter. En mars 2023, nous rencontrions Christine Polis autour de sa carrière (inter)nationale construite entre marionnettes et rigs de stop motion. Elle nous disait alors: “Ce que j’aime dans mon métier, c’est à la fois concilier l’esthétique et le fonctionnel dans mes créations, mais aussi ces rencontres, et cette dynamique collective.” Aujourd’hui, alors qu’elle conçoit les rigs de ce nouvel épisode, c’est elle qui nous explique (toujours avec la même passion) la complexité d’orfèvre de ses structures permettant de transformer l’immobile en mouvement.



Alors que nous laissons les équipes à leur tournage (en cours jusqu’au 13 mars), Patar et Aubier nous offrent la parfaite conclusion à cette plongée dans l’univers de Panique au village. Car lorsqu’on leur demande comment, après presque quarante ans à créer des histoires, ils trouvent encore l’inspiration, ils nous répondent tout simplement, hilares. “Ces personnages vivent des aventures incroyables, mais fondamentalement, ils sont un peu comme nous. À quatre heures, ils vont prendre un café, même s’ils vivent avec un cheval!


La sortie du cinquième épisode de Panique au village, Le Trésor, est prévue dans les salles belges en 2026, dans un long métrage réunissant ce nouveau récit et Les grandes vacances, précédent court de la série. Retrouvez le long métrage de 2009 sur Sooner, et La foire agricole sur Auvio.


Envie de devenir producteur·ice de Panique au Village ?


Bonne nouvelle ! Jusqu’au 8 mars, vous avez la possibilité de participer à la création de ce futur Trésor de l’animation Made in Belgium au travers d’un crowdfunding lancé par les équipes de production. Dans un contexte où fabriquer des films d’animation coûte de plus en plus cher et où les financiers mettent de moins en moins la main au portefeuille, c’est désormais au public et aux fans de contribuer à donner vie à ces héros, bientôt (on l’espère) de retour dans les salles de cinéma grâce à vous !

Pour en savoir plus, cliquez ici : https://fr.ulule.com/le-tresor/

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