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Dossier Josh O'Connor : Un acteur qui avance à contrechamp

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes

Avec la sortie de The Mastermind (le 18 février), Le Son des Souvenirs (le 25 février) et l’arrivée du prochain Spielberg Disclosure Day, Josh O’Connor arrive à un moment charnière de sa carrière. Loin de capitaliser sur son nouveau statut de sex-symbol, il dessine une trajectoire oblique et discrète. À l’écran comme dans la vie, il incarne une masculinité sensible, rarement triomphante, et confie volontiers en interview son goût pour le jardinage ou la céramique, et sa gêne face à sa popularité.


The Mastermind (2025)
The Mastermind (2025)

Peut-être vos réseaux sociaux sont-ils inondés de vidéos de Josh O’Connor qualifié de “hot priest” dans Wake Up Dead Man. Ou d’extraits où il flirte avec Paul Mescal dans Le Son des Souvenirs. Quoi qu’il en soit, il est partout. Et ce, en partie malgré lui.


Pour l’avoir rencontré en conférence de presse à Cannes, il a, en chair et en os, ce même air hagard qui fait craquer la toile. Des yeux qui pétillent, un sourire qui creuse ses fossettes, une démarche à la fois maladroite et charmeuse. Sous sa barbe mal rasée, il portait un t-shirt vert à fleurs, bien seventies, bien en décalage avec les codes du festival. Il est là pour parler d’art. Le reste, il s’en fiche un peu.


Né en 1990 à Cheltenham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, Josh O’Connor a grandi sur les planches. Diplômé de la prestigieuse Bristol Old Vic Theatre School, il cumule les jobs alimentaires dans des cafés et restaurants. Éternelle ritournelle de comédien : il essuie beaucoup de refus, jusqu’à un tournant, God’s Own Country, réalisé par Francis Lee en 2017. Il y campe un jeune fermier homosexuel, incapable de formuler ses émotions autrement que par des gestes brusques, parfois violents, souvent maladroits. Peu de mots, beaucoup de silences. Le personnage existe par sa relation au paysage, à la terre, aux animaux. Tout passe par une économie de moyens qui rend significative chaque infime variation.


The Crown (2016-2023)
The Crown (2016-2023)

C’est son interprétation du Prince Charles dans la série The Crown en 2019 qui le fera réellement connaître du grand public. Là encore, il ne surligne pas son personnage, mais se laisse absorber. Son corps semble contraint, sa voix étouffée, celle d’un homme enfermé dans un rôle trop grand pour lui. Avec ses épaules rentrées et son regard fuyant, son travail est avant tout physique, presque chorégraphique.


Déjà, il avoue en interview son malaise face à la célébrité - comme l’est lui-même son personnage du Prince Charles. Être reconnu dans la rue, même pour recevoir des mots gentils, lui provoque une réelle anxiété. Ce goût pour l’effacement entre en collision avec une industrie qui valorise l’exposition permanente. Après The Crown, tout semblait réuni pour faire de Josh O’Connor une star hollywoodienne classique. Mais l’acteur choisit des projets plus discrets, parle de son attachement à une vie simple, évoque volontiers le jardinage, la céramique, la lecture, le besoin de se retirer dans sa maison à la campagne, dans le sud-ouest de l’Angleterre.Le jardinage, c’est très simple, mais profondément philosophique. On plante, on entretient, ça pousse, ça meurt, et on recommence. C’est presque absurde, et pourtant plein de sens. C’est sans doute ce qui me touche le plus, dit-t-il à Trois couleurs.


Wake Up Dead Man (2025)
Wake Up Dead Man (2025)

Josh O’Connor n’a jamais donné l’impression de vouloir conquérir Hollywood. Il y arrive porté par la cohérence de ses choix plutôt que par une stratégie de carrière agressive. Lorsqu’il foule les tapis rouges, c’est sans emphase particulière. Après le discours carriériste de Timothée Chalamet lors des SAG Awards, il réagit dans GQ : “Je me suis dit : ‘J’espère que tu parles de grandeur aussi dans tes amitiés, par rapport à ta famille.’(...) Je crois qu’il faut vraiment éviter que le métier ne devienne le seul objectif.Josh O’Connor ne semble pas chercher à maîtriser sa propre mythologie. Cette retenue devient presque subversive.


Avec La Chimera, en 2023, l’acteur opère un déplacement décisif. Sous la direction d’Alice Rohrwacher, il joue un archéologue hanté, une figure mélancolique errant entre le monde des vivants et celui des morts. Lors du tournage, il était en deuil de sa grand-mère, une céramiste reconnue dont il était très proche. Il entre en résonance totale avec son personnage. Son jeu s’y fait spectral, comme s’il se dissolvait dans la matière même du récit. Le rôle cristallise ce qui traverse déjà sa filmographie : un rapport fantomatique au monde, une façon d’exister à la marge, sans jamais s’imposer frontalement. Il n’y cherche ni la séduction ni la performance ; il y est un corps traversé, habité par l’absence.


La Chimera (2023)
La Chimera (2023)

Tous les personnages incarnés par Josh O’Connor partagent une forme de décalage avec leur environnement. Même dans Challengers de Luca Guadagnino, sorti en 2024. Il y campe, certes, un joueur de tennis orgueilleux et sensuel, capable de draguer tout ce qui bouge, mais aussi un homme esseulé, qui dort dans sa voiture, qui manque de reconnaissance et d’amour. La fameuse tension sexuelle du triangle amoureux avec Zendaya et Mike Faist l’érige définitivement en sex-symbol. Mais être regardé, désiré, projeté comme figure charismatique ne semble jamais aller de soi. L’acteur confie son embarras face à cette sexualisation qui lui colle à la peau. Ce positionnement fait de lui une figure paradoxale : omniprésent sur les écrans, mais jamais envahissant. Présent dans les grands festivals comme dans des productions plus populaires, sans jamais donner l’impression de vouloir occuper le centre. Ou du moins, c’est ce qu’il laisse croire : il vient tout de même même de signer comme nouvel ambassadeur Dior.


Ce que l’on sait de sa personnalité semble en tout cas coïncider avec celle de ses personnages. Emily Blunt se plaît à raconter que, sur le plateau du prochain film de Spielberg, pendant les moments de latence, plutôt que de traîner sur son téléphone, comme tout le monde, Josh O’Connor dessine des paysages de montagne. “C’est ce qui fait son charme, cet endroit lointain et inaccessible qu’il porte en lui”, dit-elle à GQ.


Challengers (2024)
Challengers (2024)

Daniel Craig lui-même l’aurait recommandé à Rian Johnson pour le rôle du prêtre dans Wake Up Dead Man. Là aussi, son personnage est à la ramasse. Ancien boxeur marqué par un homicide, il refuse toute forme d’autorité évidente, avance où on ne l’attend pas, habité par une faute qui le tient à distance. Dans The Mastermind, il joue un artiste raté, incapable de subvenir aux besoins de sa famille, qui imagine un braquage aussi bancal que lui. Sur le papier, cet antihéros a tout pour rebuter. Mais quand Josh O’Connor l’incarne, on s’y attache immanquablement. Sa maladresse existentielle, toute en latence, fait vaciller les codes du film de casse. Quoi qu’il fasse, il hypnotise. Le voir traficoter des trucs dans son large costume est un délice. On pourrait penser que La Chimera est la suite de The Mastermind puisque, dans l'un, il sort de prison pour une raison inconnue, et dans l'autre, il organise un braquage. Dans les deux, son personnage désabusé et sensible demeure un mystère.


Avec Le Son des Souvenirs, l’acteur poursuit ce travail de l’effacement. Il y campe David, étudiant en musique pour qui la relation amoureuse se construit dans l’écoute et la retenue plutôt que dans l’élan démonstratif. Marqué par la guerre, déplacé dans son propre corps, le personnage existe dans une mélancolie sourde. Face à Paul Mescal, Josh O’Connor impose une présence fragile et sensible, déjà sur le seuil, fidèle à cette galerie d’hommes en bordure qu’il ne cesse de creuser film après film. 


Le Son des Souvenirs (2025)
Le Son des Souvenirs (2025)

Si Josh O’Connor fascine autant, c’est aussi parce que ses rôles racontent autre chose de la masculinité contemporaine. Qu’il soit prince, fermier, sportif ou amant, les hommes qu’il incarne sont rarement victorieux. Ils doutent, et se replient. Leurs désirs sont entravés, leur autorité fragile, leur virilité n’est jamais acquise ; elle est mise à l’épreuve, parfois même ridiculisée. Ce sont des hommes qui ne savent pas très bien comment être des hommes. L’acteur appartient à cette génération de stars hollywoodiennes qui renouvellent les figures traditionnelles de la masculinité à l’écran. Sur internet, on les surnomme les “rodent men” : des visages anguleux avec un air de rongeur, pour un sex-appeal décalé et une séduction qui se joue à contre-courant. Sans discours militant, Josh O’Connor participe à redéfinir ce que peut être un héros aujourd’hui, un être vulnérable et contradictoire.


The Mastermind (2025)
The Mastermind (2025)

3 films, 3 personnages en marge : 


  • La Chimera d’Alice Rohrwacher (2023)

Arthur sort de prison et arpente la Toscane des années 80 en pilleur de tombes étrusques. Doté d’un don étrange pour localiser les sépultures, il cherche dans les vestiges du passé une forme de consolation impossible.


  • Challengers de Luca Guadagnino (2024)

Patrick, ancien prodige du tennis devenu joueur errant, vit de tournois mineurs et souvenirs de gloire. Charismatique mais instable, il avance par à-coups, pris dans un triangle amoureux qui le maintient dans une dépendance affective et un désir de revanche.


  • The Mastermind de Kelly Reichardt (2025)

JB échoue à tous les niveaux dans son rôle de père de famille installé dans le Massachusetts des années 70. Il a une seule idée en tête : voler quatre toiles d’Arthur Dove. Un geste moins spectaculaire qu’introspectif et mélancolique.


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