Critique "Fantôme de l'Opéra" : Un souffle contemporain mais dénué de poésie
Dans cette relecture contemporaine du roman de Gaston Leroux, Anastasia (Deva Cassel), jeune danseuse roumaine venue s’installer en France, intègre le milieu très sélect du ballet de l’Opéra de Paris. Elle y répète Orpheus, un opéra maudit censé avoir été composé par le Fantôme, sous la direction de James (Romain Duris), directeur artistique de l’Opéra Garnier, le cliché assumé de l’exigence de la danse classique. Mais c’est loin des répétitions que son cœur bat : Anastasia tombe amoureuse d’un mystérieux pianiste (Julien De Saint-Jean).
Sur la forme, Le Fantôme de l'Opéra séduit. L'Opéra Garnier est déjà un décor à lui seul, et la photographie le met superbement en valeur, tout comme les costumes. Les tableaux de danse sont beaux, la musique est efficace, et Alexandre Castagnetti s'amuse avec une caméra portée, qui alterne larges et gros plans au rythme de la partition. Son goût du surdécoupage rappelle le cinéma de Brian De Palma. Les screamer fonctionnent, et le film assume une vraie volonté de se détacher du roman et de ses adaptations : un fantôme sans masque et un chandelier qui devient une grosse boule brutaliste.

Mais c'est le ton qui pose problème. Le film hésite entre thriller psychologique sombre et romance pour jeunes adultes, et finit dans un entre-deux où la tension s'évapore. Les scènes de soirée, notamment, flirtent avec le teen movie, et l'esthétique « instagrammable » prend parfois le pas sur la poésie. On sent l'envie de créer une suite contemporaine au mythe, mais le charme du roman, lui, s'est perdu en route.
Ce manque de poésie est encore plus flagrant dans les détails. Le néon qui clignote dans le distributeur de boissons rappelle Stranger Things, les chuchotements semblent sortis d'Harry Potter 2, et le mixage et le sound design laissent parfois perplexe. Le jeu des acteurs est en dents de scie, mais globalement convaincant dans l'interprétation malgré des dialogues trop explicites qui disent tout au lieu de le suggérer. Le dernier baiser du fantôme qui réveille la princesse de la mort, relève de la fin de conte Disney.

« Marre des cheveux blancs dans le public », déclare le personnage de Romain Duris. Mais dans sa volonté de réinventer le mythe et le dépoussiérer, Le Fantôme de l’Opéra version 2026 n’arrive pas à le faire vibrer.




Commentaires