L'enfant bélier : Une œuvre brute d'authenticité inspirée de faits réels
- Darika Peou
- il y a 1 jour
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Librement inspirée de l’affaire Mawda et d’autres cas similaires, Marta Bergman nous livre deux portraits fictionnels bruts et réalistes : d’un côté, un jeune couple de migrants syriens aux origines mixtes et leur enfant, de l’autre, un policier et père de famille d’un enfant métis.

Sara (Zbeida Belhajamor) et Adam (Abdal Razak Alsweha) fuient la Syrie pour l’Angleterre dans l’espoir d’offrir un avenir meilleur à Clara, leur petite fille de 2 ans, dont l’existence ne semble pas acceptée par la famille irakienne du jeune père. Redouane le policier (Salim Kechiouche), est frustré d’avoir à maintes occasions raté l’opportunité de bien accomplir son travail. Il tente d’y remédier lors d’une course poursuite avec sa collègue policière (Lucie Debay) mais commet l’irréparable.
Le film se déroule selon cette alternance de points de vue avec les migrant·es embarqué·es dans un camion de passeurs et la police qui les recherche.
L’accent est mis sur des gestes ordinaires dans un contexte que l’on sait tendu : le jeune couple partageant leur amour dans une tente de camps de réfugié·es, Sara qui a ses règles et qui doit se débrouiller sans toilettes dans un espace rempli d’hommes ou encore Redouane en pleine filature, qui écoute à moitié le cauchemar que son fils lui raconte au téléphone.

L’issue de la course-poursuite est évidemment prévisible, le film étant inspiré de faits tristement réels, mais la mise en scène de Marta Bergman parvient tout de même à entretenir la tension. Le point de vue de Redouane est assez bien amené : le tir n’est pas montré à l’écran, on entend seulement des cris qui se muent en bruit de fond et les voix agitées de ses collègues qui le pressent de questions auxquelles il n’ose pas s’avouer la réponse.
On bascule ensuite dans le quotidien du policier où l’on devient témoins de la manière dont cet événement a impacté sa vie familiale et notamment la relation avec sa femme (Marie Denarnaud). Enfin, on a une brève séquence sur le traitement médiatique de ce type d’affaires où les médias tournent le narratif bien souvent à leur avantage : en montrant l’enfant comme une perte regrettable, minimisant la responsabilité du policier et rejetant la faute sur les migrant·es.

La fresque peinte par Marta Bergman émeut d’autant plus dans le contexte actuel, où les politiques migratoires se durcissent. Le fait de caster des acteurs non-professionnels ou moins connus comme personnages principaux, notamment le duo Abdal Alsweha et Zbeida Belhajamor dont la dynamique nous régale, les rend plus réalistes. On peut facilement s’identifier à ces personnages tout en nuance. Il y a également une volonté très claire de s’attarder sur l’aspect psychologique : le film questionne davantage sur ce qui peut les amener à faire de telles actions plutôt que sur le dénouement du procès. Ce point resté en suspens donne au film un sentiment d'inachevé. Mais il est cohérent avec la réalité de ce genre d'affaire, dont l'issue nous laisse la plupart du temps avec un gout d'amertume en bouche.
Avec Salim Kechiouche, Lucy Debay, Marie Denarnaud, Zbeida Belhajamor, Belgique, Canada, 94 min.



