Le Mystérieux Regard du Flamant Rose : Une ode poétique à la famille que l'on se choisit
- Raissa Alingabo Yowali M'bilo
- il y a 2 jours
- 2 min de lecture
Au milieu du désert chilien, Diego Céspedes signe avec Le Mystérieux Regard du Flamant Rose une ode envoûtante à la communauté comme rempart face à la mort et l'oubli.
Linda est une gamine revêche, recueillie par une clique queer dans un village reculé en plein désert chilien, au cœur des années 80. Dans cet univers peuplé d’hommes, le bar tenu par ce gang de “travesties” symbolise rapidement un espace de résistance. Là, la famille choisie menée par la doyenne Mamma Boa se défend avec force et panache contre la violence des mineurs, renforcée par la rumeur d’une mystérieuse maladie dont on les tient supposément responsables.
Malgré l’ostracisation, l’ambiance domestique est survoltée, pleine de vie, ne manquant pas de piquant, jusqu’à la disparition dramatique de l’une d’entre elles : Flamingo, la mère adoptive de Linda. La diva envoûtante et un brin mélancolique, meurt assassinée par son amant.

Dans ce décor désertique, tout résonne d’influences multiples, allant d’un western à la sauce queer au réalisme magique de Gabriel García Márquez. Il se dégage des tons du film du moindre geste de ses personnages, une dimension poétique. On ressent ces journées chaudes à l’air poussiéreux et les nuits suaves dans le quasi huis-clos de l’estaminet.
Ces corps vieillis (à l’exception de Linda et quelques enfants) et bannis, semblent enfermés dans une bulle aux confins du monde. Des mineurs, des vieux, des “travesties” appartiennent à ce monde quasiment magique, aux allures de mirage, et qui semble être l’arche des relayé-es à la marge du monde.

Là, le désert est aussi symbolique : dans cet espace aride où plane la menace d’un drôle de mal - métaphore du sida - et celle constante des hommes cis, où l’amour toxique tue, la puissance et la solidité du lien communautaire se révèle d’autant plus bouleversante. Elles s’affirment contre les finitudes : celle de la mort et de l’oubli.



