I Saw the TV Glow : Un conte amer sur l’identité par Jane Schoenbrun
- Léopold Vézard
- il y a 22 heures
- 2 min de lecture
Avant que Jane Schoenbrun n’ouvre la section Un Certain Regard à Cannes avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma, il est l’heure de s’installer devant son (petit) écran pour plonger dans son précédent film I Saw the TV Glow.

Au premier abord, rien ne semble distinguer I Saw the TV Glow d’un teen show ordinaire. Entre premières découvertes et transgressions de l’autorité parentale, on suit Owen et Maddy, deux lycéen·nes à la marge dont l’amitié se tisse autour d’une fascination partagée pour The Pink Opaque, un feuilleton télé peuplé d’héroïnes charismatiques et de monstres de la semaine. Un point de départ classique tant dans la forme que dans le fond, qui pourrait lasser les plus impatients.
Mais lorsque Maddie disparaît, et que la diffusion de leur série fantastique favorite cesse tout aussi brutalement, la fin de l’innocence est actée. Commence alors une descente vers l’étrange, à mesure qu’Owen grandit écartelé entre le réel et la fiction.

Le trouble se crée notamment par les décors, qui jouent volontairement la carte du déjà-vu. Couloirs de lycées tapissés de casiers, parking de zone commerciale, terrain de football et banlieue pavillonnaire : tout paraît sorti d’un film pour adolescents à l’américaine. Mais le film tient plus de Twin Peaks que de Buffy contre les vampires, et dans cet univers, chaque détail sonne faux.
La mise en scène conjuguée à la lumière blafarde d’un néon ou d’un écran cathodique, instille une oppression latente, comme si ces personnages n’étaient jamais tout à fait à leur place dans ces décors dépeuplés, vides, suspendus hors du temps. Owen en particulier apparaît comme un intrus à sa propre existence. Dans sa performance, Justice Smith apporte au personnage une fragilité apathique, dont on ne sait trop si elle touche ou agace.

Le film n’est pas effrayant, mais n’en reste pas moins horrifique dans la manière dont il dépeint la banalité du quotidien, celle qui démoralise et nous défigure. Tout entier travaillé par la question de l’identité, et particulièrement de l’identité de genre, il fait écho avec le propre parcours de transition de Jane Schoenbrun. À travers ce personnage fasciné par une “série pour filles”, le·a cinéaste explore la difficulté de se découvrir différent : différent de ce que l’on croit être, de ce que les autres voudraient que nous soyons, de ce que nous voudrions être. Mais iel montre surtout à quel point s’accepter est difficile.
Il serait faux de croire que I Saw the TV Glow raconte l’acceptation ou l’émancipation. Au contraire, il dit autre chose, bien plus triste : le renoncement. Cloîtré dans une existence ordinaire dont s’extirper coûterait trop cher, à mesure que les années filent, il n’y a plus d’autres issues que d'abandonner ses rêves d’antan. Et s’excuser d’avoir un jour aspiré à être autre. À moins qu’il ne suffise d’une étincelle (cinématographique) pour que cette enveloppe sociale ne parte en fumée.
Avec Justice Smith, Jack Haven, Ian Foreman. 100 minutes, États-Unis.



