Amrum : La fin d'un Reich à hauteur d'enfant
- Julien Del Percio

- il y a 1 jour
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De Head-on à Soul Kitchen, en passant par le crapoteux Golden Glove, le cinéaste germano-turc Fatih Akin a composé une filmographie inégale et bouillonnante, toujours guidée par les affects mouvants de ses personnages marginaux. Avec Amrum, le réalisateur fait un pas de côté et quitte Hambourg et la Turquie, deux constantes dans son travail, pour une fresque historique à hauteur d’enfant au classicisme revendiqué.
Située en 1945, l’intrigue se déroule sur la minuscule île d’Amrum, au large des côtes allemandes. Dans cet archipel préservé des affrontements, nous suivons Nanning, douze ans, issu d’une famille pro-nazie, qui tente vaillamment de subvenir aux besoins de sa mère enceinte. Alors que la défaite d’Hitler approche à grands pas et que la communauté de l’île se montre de plus en plus hostile à l’idéologie nazie, le jeune garçon va devoir redéfinir ses notions de bien et de mal. Soit un récit d’apprentissage balisé, qui n’échappe pas à un chapelet de séquences assez prévisibles - notamment dans la relation très conflictuelle qui le lie à sa mère.

Amrum est beaucoup plus intéressant lorsqu’il adopte la forme d’un conte. Pour consoler sa mère, Nanning va rapidement se mettre en quête de pain, de miel, et de beurre, trois denrées rares en temps de guerre. Chacun de ses ingrédients va être l’occasion d’une rencontre et d’une épreuve douloureuse, qui vont forger le caractère du personnage et le confronter au passé peu glorieux de sa famille. C’est dans ces séquences - une quasi noyade dans la marée, un dépeçage de lapin, une chasse au phoque - que le thème d’Amrum s’incarne à l’image avec le plus de puissance, donnant enfin l’opportunité à Fatih Akin de déployer son habituel talent pour le malaise et la violence.



