Le rideau tombe sur le Ramdam
- Constant Carbonnelle
- il y a 7 jours
- 2 min de lecture
Après dix jours de projections, de débats et de salles souvent pleines à craquer, la 16e édition du Tournai Ramdam Festival se referme ce lundi 26 janvier à Tournai en laissant derrière elle une impression persistante : celle d’un cinéma qui ne cherche ni à conforter ni le consensus, mais à ouvrir le dialogue. Fidèle à sa devise « le film qui dérange », le festival a une nouvelle fois mis en avant des œuvres qui interrogent sans détour le monde contemporain.

Dès l’ouverture, le ton était donné avec Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas (en salles le 28 janvier), fresque politique sur les mécanismes du pouvoir et la fabrication des récits. Un film dense qui posait d’emblée l’ambition de cette édition : confronter le spectateur à des vérités troubles, là où la réalité se mêle à la fiction.
Au fil des jours, la programmation a multiplié les chocs et les échos. Plusieurs documentaires ont marqué les esprits par leur frontalité (The Encampments), leur urgence (Black Water), leur refus d’édulcorer (The Guest). Des films ancrés dans des contextes politiques ou sociaux brûlants, mais toujours ramenés à des trajectoires humaines, individuelles, souvent fragiles. Le Ramdam confirme ici son goût pour des documentaires où l’engagement passe par la mise en scène autant que par le propos.
La fiction n’était pas en reste, avec des récits explorant les violences intrafamiliales (on pense notamment au film belge On vous croit), les rapports de domination (comme exploité dans le troublant Dreams), la filiation (le très beau The Love That Remains) ou la Seconde Guerre mondiale (Amrum). Des films parfois rugueux, parfois d’une grande sobriété formelle, mais qui partagent une même volonté : raconter ce qui dérange parce que cela nous concerne.

La clôture avec La Maison des Femmes de Mélisa Godet, présenté lundi soir après la remises de prix, viendra cristalliser cet esprit. En donnant la parole à femmes qui se reconstruisent après des violences ainsi qu’à celles qui les accompagnent, le film rappelle que le Ramdam ne programme pas seulement des œuvres « engagées », mais aussi des films souvent tournés vers l’humain, attentifs aux voix réprimées et réduites au silence.
Autour des projections, les échanges avec les cinéastes, les débats improvisés dans les couloirs du complexe Imagix et les discussions prolongées autour d’un verre ont confirmé ce qui fait la singularité du festival : un rapport vivant au cinéma, où les films continuent d’exister bien après les séances. Car ici, on ne regarde pas juste des œuvres, on les ressent et on les partage.
En refermant cette 16e édition, le Tournai Ramdam Festival affirme donc sa place à part dans le paysage belge : celle d’un festival qui fait confiance à l’intelligence du public, qui assume l’inconfort et qui rappelle, édition après édition, que le cinéma peut encore être un lieu de friction, de pensée et d’échange. Le rideau tombe, oui, mais les films, eux, continuent de résonner.



