Les Légendaires : Une adaptation réussie ?
- Kévin Giraud

- 24 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Si One Piece a révolutionné le monde du manga, on peut aisément dire que la série Les Légendaires, écrite et illustrée par Patrick Sobral, a révolutionné la bande dessinée franco-belge. Vingt-deux ans après la parution du premier tome, l’adaptation (attendue par les fans) cinématographique sort ce 28 janvier dans les salles belges. Verdict ?

Chéri, j’ai rétréci… le monde entier
Reprenant la trame narrative des deux premiers tomes de la série, Les Légendaires nous emmène sur la planète Alysia à la rencontre du groupe éponyme, tombé en disgrâce après “l’accident de Jovénia” qui a vu l’ensemble de la population retomber en enfance. Un pitch qui mêle avec brio le médiéval-fantastique à la série jeunesse, et qui explique sans aucun doute l’immense succès de la série originale dont les 23 tomes totalisent plus de 10 millions d’exemplaires vendus.
Amenée au travers d’une exposition habile et sans (trop) de poussifs, la réunion entre les différents personnages plante le décor d’un film à la fois épique et sans prétention, qui mêle humour et aventure dans un environnement étonnant et d’une fraîcheur sympathique. Un monde (ou même plusieurs) que le jeune spectateur découvrira avec plaisir, et que le fan de la première heure reconnaîtra facilement.

Un film d’une étonnante noirceur
Au même titre que la série dont il est inspiré, Les Légendaires affiche par moments une noirceur et un cynisme marqué, qui donne une certaine profondeur à cet univers fantastique entre steampunk et medieval fantasy. Car si on peut s’attendrir de ces héros adultes retombés en enfance, ces jeunes bambins incapables de se perpétuer sont peut-être les derniers représentants de l’espèce humaine, comme le souligne avec tristesse la mère d’un des héros. Une remise en contexte qui, si elle n’enlève pas à cette œuvre son approche plutôt loufoque et rigolarde, résolument orientée vers le jeune public, a au moins le mérite de lui ajouter une âme.

3D, je t’aime (moi non plus ?)
Réalisé par Guillaume Ivernel, à qui l’on doit l’adaptation 3D de Chasseurs de Dragons, le film assume son esthétique 3D qui flirte avec les années 2000-2010, sans tenter l’hybridation qui est désormais la tendance de l’animation mondiale. Un parti pris qui donne au film un look un peu vintage, parfois un tantinet désuet. Pour autant, la technique (maîtrisée) colle à la mise en scène, virtuose dans plus d’une séquence. Côté personnages, on appréciera (ou non) la transformation 3D de ces personnages de bande dessinée, un pari que n’avait pas osé la série d’animation, bien plus fidèle à l’esthétique de l'œuvre originale.

Entre humour, aventure et humanité, Les Légendaires réussit à son échelle à livrer un divertissement amusant et sincère. Pas sans défauts (son rythme, notamment, et sa conclusion qui s’étire dans une fin attendue et longuette), mais ayant le potentiel de faire vibrer les plus jeunes, le film apporte malgré tout de beaux moments de cinéma à une animation française qui ne cesse de surprendre par sa diversité, de l’art et essai au grand public.
Les mauvaises langues diront que Les Légendaires aurait eu sa place parmi les séries du dimanche matin sur France 3, ou autre chaîne publique. Mais, à l’instar de succès comme Code Lyoko ou Chasseurs de Dragons, nul doute que ce film pourra bercer l’enfance de plus d’un·e cinéphile en herbe.
Avec les voix de Roman Doduik, Antoine Schoumsky, Esthele Dumand, Elise Tilloloy, Thomas Sagols. France, 92 minutes.



