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Marty Supreme : Une descente aux enfers qui tutoie les sommets

Sur des millions de spermatozoïdes, Marty Mauser est arrivé premier - une bénédiction autant qu’une malédiction pour ce New-Yorkais, déterminé à devenir un grand vainqueur dans la course de la vie.


© Belga Films
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Opportuniste, gouailleur, menteur, le pongiste incarné par Timothée Chalamet ne s’arrête jamais de jouer des coudes pendant les 150 minutes de Marty Supreme, peu importe qui se trouve sur sa route : famille, amantes, amis, ennemis, collègues et parfaits inconnus sont autant d’obstacles que de tremplins vers son destin forcément grandiose. La gloire au travers du tennis de table, c’est l’improbable rêve américain de ce personnage hors-norme. 


Difficile de ne pas voir quelque chose de Chalamet dans son ambition. L’acteur franco-étasunien n’a jamais caché son désir d’atteindre les sommets de sa profession - un parallèle sur lequel le marketing de Marty Supreme a énormément appuyé. À  30 ans, Chalamet possède encore quelque chose d’enfantin, ce qui sied parfaitement à son personnage, jeune homme impétueux prétendant être un adulte. Cherchant à marquer l’esprit de quelques journalistes, Mauser déclare au sujet de son prochain adversaire (et ami !) :  “Je vais lui faire ce que Auschwitz n’a pas réussi à faire”, avant d’ajouter “Je suis juif, je peux dire ça”. Une réplique aussi juvénile que choquante, à travers laquelle s’incarne une de ses multiples dissonances identitaires : hanté par le spectre de l’holocauste, mais mené par un esprit de triomphe tout américain.  


© Belga Films
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Pendant que Marty Mauser court après son futur, la musique y est déjà : Tears for Fears, et Peter Gabriel peuplent la bande-son résolument 80’s de ce film se déroulant dans les années 50. Une manière peut-être de faire écho à ce que représente le personnage : la culture du “hustle”, qui triomphera avec le néolibéralisme des années Reagan. Le film travaille aussi la dissonance dans sa bande-originale, composée par Daniel Lopatin, qui mêle les synthétiseurs avec les violons, le piccolo avec la batterie, pour créer des mélodies  aux mélodies majestueuses, ironiques et évidemment anxieuses. 


Celle·eux qui ont vu Good Time et Uncut Gems ne seront guère surpris d’apprendre que Marty Supreme est un film extrêmement tendu. Pour son premier long sans son frangin Benny, Josh Safdie emploie ses méthodes habituelles : longues focales, mouvements de caméra nerveux et des litres de sueur, pour mieux nous emporter dans le tourbillon d’emmerdes vécues (et surtout causées) par son protagoniste. Et comme dans ses précédents films, il prend plaisir à nous rendre complices de son personnage, dont on assiste aux méfaits avec un mélange d’inquiétude et d’exaltation, à la fois séduit et repoussé. L’ensemble pourrait avoir un air de déjà-vu si Marty Surpreme n’était pas si terriblement vivant et singulier.


© Belga Films
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Le film possède cette tangibilité, qui tient à la texture de la pellicule mais surtout à la myriade de détails dont les images sont chargées. Chaque élément du parcours de Marty Mauser, aussi improbable soit-il, participe à rendre son odyssée manifeste. En particulier celles et ceux qui croisent sa route : chaque personnage a une vraie gueule, d’Abel Ferrara, absolument terrifiant, à Gwyneth Paltrow, remarquable en actrice sur le retour. Le jeune anti-héros ne s’arrête jamais longtemps sur ceux qui jalonnent son parcours, mais le film s’aventure sur chacun de leur visage, absorbant les aspérités de leur faciès et de leur personnalité. Ils ne sont pas tous des Marty Mauser, mais tous partagent le même bonheur et malheur : celui d’être, un jour, arrivé·es premier·ères.



Avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Tyler the Creator. Etats-Unis, 150 minutes.


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