Michael : Du pareil au même
- Arthur Bouet
- il y a 32 minutes
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Les cris du public retentissent alors qu'un homme, de dos, marche dans un couloir à peine éclairé. Veste en cuir noire, queue de cheval lâche : Michael Jackson, bien sûr. Il s'arrête, effectue quelques sauts d'échauffement et s'apprête à monter sur scène quand... flashback. Comment en est-il arrivé là ?
D'entrée de jeu, Michael respecte à la lettre le canon posé en 2018 par le succès mondial Bohemian Rhapsody. Le portrait de Freddy Mercury démarrait lui-aussi par l'entrée sur scène du leader de Queen, avant de nous téléporter quinze années en arrière, aux origines de la légende. Mesurer le peu d'écart entre deux films consacrés à des icônes de la musique si différentes permet de dresser un constat : le biopic est désormais un incontournable des stratégies marketing visant à revitaliser le catalogues d'artistes disparus, devenus propriétés intellectuelles zombifiées. Une figurine, un t-shirt, un mug, un film : du pareil au même.

Michael remonte à l'enfance du King of Pop, à ses débuts avec les Jackson 5, et s'achève au milieu des années 1980, lorsqu'il se libère de l'emprise de son père pour enfin trouver son indépendance. Entre les deux, on aura moins eu la sensation d'assister à un film que d'avoir visité un diorama animé, une succession de check-points adressés à une communauté de fans. Le scénario en pilotage automatique égrène les épisodes connus de la vie de l'idole – les coups de ceinture, I Want You Back, la rhinoplastie, le singe de compagnie, Thriller, etc – en prenant soin de lisser toute aspérité de cette figure complexe.
Son impressionnante transformation physique par exemple, d'Africain-américain à la peau noire à créature post-humaine diaphane, androgyne et asexuelle, n'est jamais prise en charge par le film. Tout juste si sa pâleur grandissante est adressée, bazardée en une réplique sur son vitiligo. Sous contrôle de la famille Jackson et de l'avocat historique du chanteur, le biopic n'ose rien, jamais, et se condamne, de fait, au consensuel absolu.

L'un des seuls traits de caractères attribués au personnage de Michael est son incapacité à quitter l'enfance. Privé de ses jeunes années par un père tyrannique, l'artiste est dépeint comme un doux rêveur qui, dès qu'il ne performe pas, se réfugie dans son coffre à jouets et s'adonne à la lecture de Peter Pan. Au-delà de la littéralité confondante avec laquelle le film évoque son refus de grandir, on s'interroge sur la décence à faire de ce personnage le grand ami des enfants : Michael se rend au chevet d'enfants hospitalisés, Michael lègue des fortunes à des services pédiatriques, etc... Pourtant, on a sans doute échappé à pire : initialement, le film aurait dû s'achever sur les affaires de pédocriminalité qui égratignèrent l'image de l'artiste à la fin des années 1990, avant de voir sa fin intégralement retournée à la dernière minute pour des questions légales.
Avec la famille Jackson aux manettes, il va sans dire qu'on aurait eu droit à un dernier acte en forme de rédemption de la célébrité accusée à tort, traînée dans la boue par des manipulateurs vénaux. En lieu et place d'une réhabilitation, Michael se conclut donc par une scène anti-spectaculaire, d'une grande platitude, rapidement suivie par un carton indiquant : « Son histoire continue. » Vous en reprendrez bien une deuxième tranche ?
Avec Jaafar Jackson, Miles Teller, Kat Graham. États-Unis, 127 minutes.



