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Rencontre avec Olivia Wilde pour L’Invitation : "Ce film m'a rendue moins cynique sur le mariage"

il y a 6 heures
6 min de lecture

Après Booksmart et Don’t worry Darling, Olivia Wilde continue à explorer les relations humaines dans L’Invitation, au cinéma le 16 septembre. Elle y incarne Angela, coincée dans un mariage qui ne lui convient plus avec Joe (Seth Rogen), pas plus heureux qu’elle. Quand leurs voisins échangistes (Penelope Cruz et Edward Norton), leur manifestent de l’intérêt, l’absurdité de leurs choix et l’accumulation de leurs frustrations leur sautent au visage. L’actrice-réalisatrice nous raconte la fabrication de ce film drôle et piquant, qui parle de sexe, mais surtout d’épanouissement personnel.



L’Invitation est l’adaptation d’un film espagnol sorti en 2020, Sentimental de Cesc

Gay. Le scénario de Will McCormack et Rashida Jones vous a-t-il donné envie de le

voir?


C’est la première chose que j'ai faite, avant même de lire le scénario, parce que je voulais comprendre la source de cette adaptation. Je savais que l'histoire avait déjà été adaptée dans plusieurs langues. Ça m'a intriguée: quelle est cette histoire qui résonne dans autant de cultures différentes? J'ai donc regardé le film espagnol original, lui-même adapté d’une pièce de théâtre. J’ai ri du début à la fin. L’idée de départ est simple, mais tellement riche en possibilités d'adaptation ! Quand j'ai découvert le scénario de Rashida et Will, j'ai su que nous tenions quelque chose. Je rêvais depuis longtemps d’un processus de travail collectif: une approche à la Sidney Lumet sur Douze hommes en colère, ou à la Mike Nichols. Est-ce qu'on pouvait répéter, tourner dans l'ordre chronologique, sur pellicule, et créer une œuvre vivante, qui se transforme au fil des répétitions et des prises, en laissant une grande place à l'improvisation ? Le scénario a énormément évolué lors du tournage, grâce à tout ce que les acteurs ont apporté de personnel, de précis et d'unique à leurs personnages.


L' invitation ©The Searchers
L'Invitation ©The Searchers

En tant que réalisatrice, en tant que « personne qui prend les décisions », comment faites-vous pour faire confiance à votre instinct et écouter les idées qui émergent sur le plateau plutôt que de choisir la solution la plus sûre: s’en tenir au plan initial ?

C'est le premier film sur lequel j'ai travaillé qui m'a donné l'impression d'une matière vivante, en perpétuelle évolution. Comme nous tournions les scènes dans l'ordre chronologique, nous pouvions ressentir concrètement ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas, à quel moment il fallait ajuster le rythme ou emmener le public vers une énergie différente. C'était comme monter le film en même temps qu'on le réalisait. L'idée était de rester ouvert à ce qui se passait, tout en ayant une vision très claire des objectifs du film. Je ne voulais pas qu’il donne une impression d'errance. Même si le cinéma-vérité est pour moi un formidable exemple de narration organique, et que Husbands and Wives a été une influence majeure, nous voulions un cadre esthétique beaucoup plus intentionnel. Nous avions donc défini, avec le directeur de la photographie et la cheffe décoratrice, un ensemble de règles très précises en amont. Ce cadre permettait ensuite aux acteurs d'être totalement libres, tandis que moi, je pouvais prendre mes décisions de manière instinctive. C'est la première fois que j'ai vraiment compris cette alchimie: une préparation extrêmement rigoureuse qui ouvre ensuite la voie à une liberté totale.


L'Invitation, d'Olivia Wilde
L'Invitation ©The Searchers

La mise en scène est précise. Les couples se séparent pour investir des pièces différentes de la maison, on se croirait dans un labyrinthe. Leur manière de circuler dans l’appartement participe au récit. Comment avez-vous pensé ces déplacements dans cet espace restreint?


Il y avait cette idée d'un labyrinthe, d'un lieu où tout le monde est très proche physiquement, tout en ayant suffisamment d'intimité pour que des moments secrets puissent exister. Tout est parti du défi que représentait un film se déroulant dans un seul décor. Il existe plusieurs références dans ce domaine: Amour, Qui a peur de Virginia Woolf ? et Douze hommes en colère m’ont inspirée. Quand j’ai lu le scénario, l'appartement était décrit comme un grand espace ouvert, avec une cuisine ouverte sur la pièce principale. J'ai tout de suite senti qu'il fallait des endroits où les personnages puissent se cacher, des espaces offrant un peu d'intimité. À ce moment-là, le scénario ne prévoyait pas que les couples se séparent en deux groupes. C'est quelque chose que les acteurs et moi avons ajouté, parce que nous adorions l'idée que chaque couple révèle une autre facette de lui-même lorsqu'il se retrouve à l'écart des autres. Les deux scènes que nous appelions les house tours, où les personnages traversent les différentes pièces de l'appartement, ont donc été en grande partie improvisées. Elles nous ont permis d'explorer le décor d'une manière complètement différente. En général, lorsqu'on construit un décor, il n'apparaît que cinq ou dix minutes à l'écran. On n'a jamais vraiment le temps de profiter de tout le travail qui y a été consacré. Là, nous avons utilisé absolument chaque centimètre carré de cet appartement. Nous le connaissions tellement bien après la préparation que nous savions instinctivement comment le filmer, en fonction des endroits où les acteurs se retrouvaient naturellement pendant les répétitions. Nous avons aussi beaucoup joué avec les cadres à l'intérieur du cadre: les miroirs, les vitres, les séparations, qui représentaient des barrières émotionnelles. Nous n’aurions pas pu obtenir ce résultat en tournant dans un véritable appartement. Il fallait créer cet espace sur mesure, tout en évitant qu'il paraisse trop fabriqué. Nous voulions qu'il ressemble à un appartement que l'on pourrait réellement trouver à San Francisco, dans cette gamme de prix, pour des personnages comme ceux-là. Le personnage de Joe a grandi à San Francisco, mais il n'a pas les moyens de décorer son appartement comme il le « devrait ». Il mélange donc des meubles anciens avec des objets moins chers et des éléments bricolés.


Penelope Cruz et Olivia Wilde dans L'Invitation
L'Invitation © The Searchers

Et les vêtements d’Angela se fondent littéralement dans le décor… 


Oui, c’est grâce à notre créatrice de costumes, Arianne Phillips, qui a eu l'idée que la chemise d'Angela soit exactement de la même couleur que les murs. A chaque fois que nous changions la teinte des murs, elle devait reteindre le tissu pour obtenir une correspondance parfaite. D'ailleurs, toute la scène où les personnages discutent des différentes nuances de peinture est née d'une vraie conversation avec ma cheffe décoratrice. Elle me demandait laquelle des trois couleurs je préférais pour les murs. Pour moi, elles étaient absolument identiques. Elle m'a alors demandé si je n'étais pas daltonienne. Je lui ai répondu: « Merci, ça, on le met dans le film! » Je pourrais parler de cet appartement pendant des heures. C'est véritablement un personnage du film, et un personnage auquel je suis très attachée. 


L' invitation
L'Invitation ©The Searchers

Qu’est-ce que L’Invitation a changé dans votre vision de l’amour à long terme?

Pendant les ateliers que nous avons menés avec les acteurs et notre consultante Esther Perel, nous avons essayé d'explorer l'idée qu'une relation pouvait en contenir plusieurs. Qu'une histoire d'amour est peut-être destinée à prendre fin un jour… mais qu'il est possible de commencer une nouvelle relation avec cette même personne. Cette idée de réinvention m'avait profondément marquée il y a des années, lorsque j'ai entendu Esther en parler dans un Ted Talk. Ça a bouleversé ma façon de voir les choses. J'étais déterminée à intégrer cette réflexion dans L’Invitation. Ça m'a rendue moins cynique sur les relations de longue durée et sur le mariage. J'aime profondément cette idée qu'on puisse avoir la liberté de se réinventer, aussi bien individuellement qu'au sein du couple. J'ai ajouté cette citation d'Oscar Wilde pendant le montage: « Il faut toujours être amoureux, c'est la raison pour laquelle il ne faut jamais se marier ». C'est un clin d'œil à Woody Allen, qui aimait ouvrir ses films par une citation afin de donner au public un aperçu de son point de vue. Ce que j'espère surtout, c'est qu'à la fin du film, les spectateurs liront cette citation autrement. Peut-être que si l'on continue à s'investir dans le processus amoureux, ce qui implique de se réinventer sans cesse, alors le mariage devient finalement quelque chose de beaucoup moins anti-romantique. C'est en tout cas le cheminement que j'ai fait personnellement. Mais, honnêtement, ce sont surtout les projections avec le public qui m'ont rendue moins cynique. Ce film pourrait, et c'est une ambition très élevée, aider certaines personnes à être moins désabusées vis-à-vis des relations amoureuses. Et peut-être même à réparer des couples qui sont au bord de la rupture. En surface, c’est une comédie: nous voulons que les gens rient, qu’ils se reconnaissent et qu’ils se pardonnent. Mais sous les rires, j’espère qu’il reste cette question: avez-vous réfléchi à votre responsabilité vis-à-vis de votre propre bonheur? Vous n’avez qu’une seule vie. Est-ce ainsi que vous choisissez de la vivre?



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