L’Invitation : Pour être heureux, on ne devrait jamais se marier ?
Réunissant deux couples très différents le temps d’un soir dans un appartement, L’Invitation est une comédie passive-agressive jouissive.
Joe (Seth Rogen) et Angela (Olivia Wilde) sont mariés depuis longtemps. Trop longtemps ? C’est la question posée par L’Invitation, qui le temps d’une soirée entre voisins aborde le couple en général à travers ces couples en particulier.
Quand Angela informe Joe que les voisins du dessus viennent dîner, une énième dispute semble se profiler… Mais Joe décide, au grand dam de sa femme, de saisir l’occasion pour les confronter sur leur séances de sexe bruyantes. Sauf que, loin d’être gênés, Pina (Penélope Cruz) et Hawk (Edward Norton) sont parfaitement conscients du bruit qu’ils font. Et ils sont venus non seulement s’excuser auprès d’Angela et Joe, mais aussi leur faire une étonnante proposition…

« Pour être heureux, on ne devrait jamais se marier ». On a eu peur quand le film s’est ouvert avec cette phrase, attribuée à Oscar Wilde et aux relents d’humour boomer : allait-on assister à une comédie petite-bourgeoise en mode « je hais ma femme » ? Mais L’Invitation dissèque le mariage hétéro et ses frustrations – communication, sexe, carrière, monogamie – pour en rire avec lui. Le duo Pina/Frank, récemment formé, sain et sexy, renvoie en miroir à Joe et Angela tout ce qu’ils ne sont pas – ou n’osent pas s’avouer, leur mode de vie apparaissant comme une piste pour réinventer un mariage qui s’éteint. Une bonne surprise quand on connaît la tendance du cinéma US mainstream à aborder les relations polyamoureuses ou kinky de façon simpliste et décevante – souvent traitées comme un ressort scénaristique « comique » avant de finalement revenir à un ordre rassurant et « normal », tels Libre Échange avec Dakota Johnson sorti il y a un an, Permission avec Rebecca Hall, ou encore Vicky Cristina Barcelona.

Remake du film espagnol Sentimental de Cesc Gay (2020) lui-même adapté de sa pièce à succès, et déjà décliné dans divers pays (France, Italie, Corée du Sud), L’Invitation est signé Olivia Wilde. La comédienne révélée dans les séries The OC et Dr House signe son troisième long après Booksmart (meilleur teen movie de la décennie) et le décevant Don’t Worry Darling (une dystopie incel façon Obsession version rétro, dont le tournage a davantage fait parler que le film). Wilde déploie un cinéma de duos – romantiques ou amicaux – dans lequel il est souvent question d’échapper à sa condition et à ce qu’on attend de nous, qu’on soit une première de classe studieuse ou une épouse dévouée. Le résultat évoque les romcoms nerveuses de New-York (Woody Allen, James L. Brooks) avec le côté hippie d’un film situé à San Francisco (Wanderlust, 5 ans de Réflexion) et l’humour graveleux et enfumé des comédies d’ado made in L.A. (SuperGrave, 40 ans toujours puceau).
Assez fidèle à l’original, The Invite est parfois moins subtil (les scènes d’ouverture et de conclusion), mais on y ose tout de même certaines choses… qu’on ne dévoilera pas.





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