La vie d’une femme : Léa Drucker en état de grâce
Avec son deuxième long-métrage, Charline Bourgeois-Tacquet brosse le portrait d'une cinquantenaire en mouvement perpétuel. Le récit, découpé en onze chapitres, invite à assembler les volets intimes et professionnels, en miroir du métier de sa protagoniste, une chirurgienne reconstructrice du visage, brillamment interprétée par Léa Drucker.
Gabrielle (Léa Drucker) est une spécialiste maxillofaciale et la cheffe dévouée d'un service hospitalier qu'elle se démène pour faire tourner au prix de tous les sacrifices. Sa vie personnelle n’est pas plus reposante entre les enfants bruyants de son mari (Charles Berling), les études de médecine de son neveu qu’elle soutient et la maladie d’Alzheimer de sa mère (Marie-Christine Barrault). Au cœur de ce quotidien rempli de contraintes, l’irruption de Frida (Mélanie Thierry), une écrivaine qui la suit pour un projet de livre, ouvre une brèche dans le rythme effréné de Gabrielle.

La réalisation de Charline Bourgeois-Tacquet crée une dichotomie entre la charge mentale, marquée par le mouvement qui lui est associé, et les moments posés d’évasion amoureuse et sensuelle. La photographie de Noé Bach représente cette tension par des choix de saturation : bleutée pour traduire les affres du stress routinier et des teintes plus chaudes et solaires lors des parenthèses libératrices avec Frida au sein desquelles la cinéaste convoque volontiers son sens du plan serré et du détail érotique ; déjà à l’œuvre dans Les Amours d’Anaïs.

En refusant certaines assignations (à la maternité, au déterminisme de genre) autant que le mythe de la force insubmersible d'une RoboCop — un autre être recomposé — de l'hôpital public, l’identité de la protagoniste se dessine par l’addition, profondément humaine, d'éléments contraires et de béances qui se cristallisent dans les ellipses du montage de Clément Pinteaux. Si la prestation sans fausse note de Léa Drucker donne de l’éclat aux saillies du texte et magnifie chaque silence, l’écriture condamne le personnage de Frida, pourtant touchante dans sa persévérance, à n’exister qu’à l’occasion de quelques scènes enlevées. D’une manière regrettable, le film conduit son héroïne vers une fin à la fois prévisible et morne, qui manque cruellement d’audace et d’espoir.




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