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Rose : Sandra Hüller époustouflante dans un drame queer et singulier

Au XVIIe siècle, un soldat défiguré ayant survécu à la Guerre de Trente Ans débarque dans un petit village protestant, et s’installe sur un terrain dont il affirme être l’héritier. Les paysans du coin se montrent initialement suspicieux, mais le nouveau venu s’attire leur respect en tuant un ours : quoi de plus viril ? Peu à peu, il se crée une place de choix dans la communauté. Sauf que, nous dit-on dans l’introduction, “ceci est le récit d’une imposture”. Ce soldat mystérieux, incarné par Sandra Hüller, s’appelle Rose, et il s’agit en fait d’une femme déguisée.



On observe avec curiosité et appréhension les différents stratagèmes mis au point par l’héroïne pour tromper ses pairs : faux pénis dans le pantalon, cornet en bois pour uriner… La supercherie se corse lorsque Rose décide de gagner en crédibilité en épousant la fille d’un fermier local, Suzanna. Petit hic : cette dernière réalise qu’il est bien difficile de partager la couche de son mari, et de tomber enceinte... Le récit revêt une nouvelle dimension alors qu’une complicité récalcitrante s’installe entre les deux femmes, et que le secret menace d’être révélé.


Rose
Rose ©Paradiso

Markus Schleinzer (l’ancien directeur de casting de Michael Haneke) signe avec Rose un film aussi captivant que singulier, à mi-chemin entre le drame historique et le thriller queer. Le cinéaste ne s’est pas inspiré d’un personnage spécifique, mais de plusieurs femmes allemandes qui furent exécutées il y a plusieurs siècles pour leur homosexualité et leur travestissement en hommes. Rose est donc l’histoire d’une auto-création queer (détail amusant et tout sauf anodin: pendant un temps, Rose dort… dans le placard). 


Rose
Rose ©Paradiso

Dans ce film peu bavard, la sublime photographie en noir et blanc de Gerald Kerkletz nous permet d’aborder les personnages et les situations sans jugement ni artifice. Le scénario ne fournit pas de réponses toutes faites sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle de sa protagoniste, qui ne semble a priori ni lesbienne ni trans. Tout ce qu’on saura, c’est que son déguisement a été motivé par un désir d’autonomie : “on est plus libre en portant un pantalon”. Au final, Rose offre surtout un portrait amer de la condition féminine. Pour rejoindre le domicile conjugal, Suzanna est ligotée à l’arrière d’une carriole, traitée avec la même considération qu’une table ou du bétail. “Tu penses être la maîtresse de maison, mais tu ne t’appartiens pas”, lui crache son imposteur de mari. Sans doute une projection : Rose a tenté de s’affranchir des injonctions patriarcales, mais elle devient, elle aussi, piégée par les conventions et le mensonge.


Rose
Rose ©Paradiso

Ce concept improbable ne tiendrait pas sans une performance époustouflante. Depuis l’inoubliable Toni Erdmann, Sandra Hüller ne cesse d’illuminer le cinéma international de son talent, de Sybil en passant par Anatomie d’une chute ou La Zone d’intérêt. L’actrice, qui sait osciller entre une froideur impénétrable et une grande vulnérabilité, trouve ici un nouvel

écrin. Lors de la Berlinale 2026, elle a été récompensée par l’Ours d’argent de la meilleure interprétation, un prix opportunément non-genré.




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