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Sans toit ni loi : Le portrait rare d'une vagabonde à travers le regard d'Agnès Varda

Dans ce drame, récompensé du Lion d’or à Venise en 1985, Agnès Varda suit les derniers mois d’une jeune femme marginale.



Le corps d’une jeune femme, dans un fossé. Voilà comment commence, après un générique inquiétant, Sans toit ni loi d’Agnès Varda. Dans un film policier, on aurait sûrement suivi les enquêteurs (des hommes), cherchant à retrouver l’identité de cette inconnue et à comprendre comment elle a pu mourir seule, dans l’air glacial, au pied d’un couple de cyprès. Seulement, ce corps est celui d’une vagabonde, une sans-abri, « une clocharde » comme dit un des paysans du coin, alors les gendarmes tombent d’accord : morte de froid, c’est pas de chance, mais l’enquête est bouclée. Et puis nous ne sommes pas devant un film policier mais devant le récit à la fois dur et tendre du parcours d’une femme marginale.


Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi.
Sans toit ni loi © mK2 films

Varda suit les derniers mois de la vie de Mona (Sandrine Bonnaire), puisque c’est son nom, ses rencontres, la vie difficile sur les routes et dans les squats. Elle filme un milieu rarement montré, ou alors sous des traits grossiers et caricaturaux.


Sans toit ni loi mélange adroitement une approche qu’on pourrait qualifier, faute de mieux, de documentaire – notamment en faisant jouer des non-professionnel·les ou avec des scènes de témoignage quasi-télévisuelles – et un style beaucoup plus marqué et symbolique – fait de plans très composés, comme celui où on voit le corps de Mona lové dans le fossé, figure qui serait magnifiquement païenne si elle n’était pas déchirante de tristesse. La cinéaste cherche à dépeindre une vérité et elle n’épargne pas à son public des scènes glaçantes, comme une agression au milieu des bois difficile à regarder tant elle est montrée brute, sans fioriture.


Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi.
Sans toit ni loi © mK2 films

La performance de Sandrine Bonnaire porte le film et éblouit encore aujourd’hui ; on comprend le César de la Meilleure actrice qu’elle a remporté en 1986. Elle réussit parfaitement à rendre la force de ce personnage sans attache mais curieux, animée par une énergie vitale défiant la faim, le froid et la solitude… au moins jusqu’à ses derniers jours.


Le recul de Varda donne au long-métrage un ton étonnant, détaché mais laissant une place importante à l’empathie du public. Le film ne cherche pas à juger Mona et sa situation, simplement à donner à celleux qui le regarde un espace pour vivre une tranche de sa vie et en tirer leurs propres conclusions, morales et sociales.


Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi.
Sans toit ni loi © mK2 films

Pour Varda, Sans toit ni loi marque une double confirmation : un Lion d’or à Venise et un (petit) succès public avec plus d’un million de spectateur·ices. C’est d’autant plus notable que la réalisatrice a été globalement snobée par les cérémonies françaises. Sans toit ni loi fait partie, avec Cléo de 5 à 7 ou Le Bonheur de ces fictions en avance sur leur temps. Varda y offre un double portrait : celui d’une femme complexe dont la flamme puissante et brûlante va s’éteindre doucement et celui d’une société s’aveuglant face aux inégalités qui la mine et tue sa jeunesse en même temps que sa conscience.


Sans toit ni loi est à découvrir sur LaCinetek, Sooner et en DVD. 


Avec Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss et de brillants inconnus. France, 105 minutes.


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